dernières nouvelles

Toutes les personnes que Mathieu a rencontrées  sur le Passage du Nord Ouest s’inquiétent de son arrivée à bon port à Cambridge Bay et demandent de ses nouvelles.  Elles  lui envoient aussi des leurs ainsi que des photos prises lors de ces rares moments volés  à la solitude.

securedownload4 dernières nouvelles

 Mathieu, ici au chaud en compagnie des Irlandais.

2 dernières nouvelles

Beechey Island, Erebus and Terror Bay
Mathieu Bonnier and Expedition Tiko. 
  
Avec les mêmes mais au frais.
   

securedownload2 21 dernières nouvelles

9 dernières nouvelles

 

 

14 dernières nouvelles

The crew of the CCGS Terry Fox visiting Beechey Island.  

Avec les anges gardiens du Terry Fox, le brise-glaces canadien des gardes côtes, sur l’île de Beechey.

10 dernières nouvelles

 13 dernières nouvelles

Remains of barrels, tin cans, and other things from the Franklin crew, and rescue missions for them; and memorials for them and other lost expeditions.  

Les restes des premières expéditions et de leur sauvetage dans ce secteur désolé.

securedownload2 3 dernières nouvelles 

Je trouve cette photo belle et émouvante, on ressent le poids de la solitude qui va de nouveau être la seule compagne de Mathieu pour la fin de son aventure, Tico ayant été débarqué déjà pour des raisons de sécurité.

.

 16 dernières nouvelles

 

18 dernières nouvelles

17 dernières nouvelles

Les Finlandais et leur chienne rencontrés quelques temps avant Cambridge sont arrivés à Halifax. Eux non plus n’ont pas été épargnés par la météo, Igor, un cyclone, venant même  faire une  petite visite au Sarema (et non Farema comme écrit dans un message précédent)
  
« Hello Mathieu!
We have finally arrived in Halifax after an almost endless voyage. After crossing the Arctic Circle for the second time, we had a lot of headwinds, oncoming seas, storms and, to top it all, hurricane Igor. But we are now safe and sound so, all is well that ends well!
Here are a few photos of our meeting in the Arctic.
All the best and safe rowing!!
Riitta, Pekka and Latte from s/y SAREMA »
  
       
  
  
 
 

copains de vacances

Mathieu a fait de nombreuses rencontres tout au long de sa traversée. Elles lui ont été d’un grand réconfort dans la difficulté de son aventure et ont brisé cette sollitude si pesante. Les personnes qu’il a croisées ont pris quelques photos du rameur. Celles ci ont été faites par Carola Buchner  de l’Expedition (express)  Yacht Hanse Explorer.

 copains de vacances 

  copains de vacances

  copains de vacances

et oui Tico il  faut y retourner… 

 copains de vacances

 

 copains de vacances

 copains de vacances

A poor lonesome  »rameur » 

Toute l’équipe s’est inquiétée de la fin du Voyage de Mathieu, il y avait de quoi. Ils ont eux aussi été secoués par les derniers forts coups de vent. Ils sont rassurés maintenant de la santé de Mathieu et de Tico.

J ean Jacques Ollier le 23 septembre 2010

 

Il faut sauver Mathieu

 Il faut sauver le guerrier Bonnier

                    Voici le récit du sauvetage de Mathieu par Germain. Il a su gérer parfaitement la situation avec Charly le pilote du bateau. Si vous avez quitté votre bouée et votre ciré, récupérez-les, (pour le seau cela devrait aller vous devez être amarinés après la séance de ce matin…) ca va bouger encore un moment.

Larguez les amarres !!!

 

« Dimanche 5 septembre 2010, 15h :

Je reprends contact avec l’expédition, après avoir passé plus de 24 dans les transports pour rejoindre Cambridge Bay.

Comment, Tico est déjà ici ?

IMGP1039 Il faut sauver Mathieu

Monsieur a été ramené à terre la veille par un zodiac de 900 chevaux !

Je fais enfin la connaissance de Peter, qui suit et guide Mathieu depuis le début, et qui me ramène Tico, le chien le plus heureux de la planète depuis qu’il a été reconduit à terre.

18h :

Premier contact téléphonique avec Mathieu :

« - Je viens de passer les 48 h les plus stressantes de ma vie ! 

-         Ah, bon ? Et moi qui croyais que tu étais quasiment arrivé !?

-         Sors-moi de là, trouve-moi absolument un bateau, je risque ma peau à chaque instant

-         … Mathieu, comment te dire … Ici il pleut, il fait 2° et l’on n’y voit rien à cause du brouillard. La nuit va bientôt tomber, et il n’y a pas âme qui vive dehors ni le moindre bateau prêt à partir : c’est mission impossible. »

Coup d’œil aux prévisions, contact avec Christian : vent d’ouest force 6 prévu pour demain. Mathieu va se faire projeter sur la langue de glace qu’il a eu tant de mal à dépasser la veille.

Conseil de Peter, qui habite Cambridge Bay :

« Il y a un cargo ancré dans la baie, tu peux toujours essayer de demander assistance à une des petites embarcations servant à le décharger. »

20h :

Me voilà parti sur le quai, dans la pénombre et sous la pluie. Personne ne traîne là, sauf le gars chargé de surveiller les containers prêts à être embarqués. J’explique la situation.

Il me conduit à une personne, puis une autre, qui travaillent pour le cargo. J’explique ma demande à chacune. Pas possible, trop dangereux.

Me voilà conduit ensuite dans un endroit que je n’aime pas trop fréquenter : le poste de police !

Nouvel exposé de la situation pour la quatrième fois depuis une heure.

Cette fois-ci, pour lui prouver que je ne raconte pas de salades, je peux lui montrer la position de Mathieu, la carte des glaces et les prévisions météo sur mon ordi.

Le cas de Mathieu n’est pas simple : il n’est pas en détresse réelle pour le moment, mais cela peut vite le devenir.

Cela ne rentre pas dans les cases du policier : soit Mathieu est en détresse et on appelle Gardes-côtes, hélicoptère et brise-glaces pour le sauver (tant pis pour le bateau), soit il ne l’est pas.

Le voilà qui les appelle, sans même me demander mon avis, et qui me passe le téléphone.

Je commence à penser qu’on s’affole peut-être un peut trop et que la situation décrite par Mathieu, complètement au bout du rouleau, n’est pas si critique. En tout cas pas assez pour envoyer l’hélico !

Entre-temps est arrivé le sergent en chef.

Je raconte pour la n ème fois ce qui nous arrive, un peu impressionné par son statut et son sérieux.

On regarde cinq fois, dix fois même, la trace de Mathieu, la carte des glaces et les prévisions.

Puis il m’avoue qu’il a reçu la veille le futur jouet de sa retraite prévue pour l’année prochaine : un bateau de 7m en aluminium, flambant neuf et équipé comme un avion de chasse !

23 h :

La dernière position de Mathieu vient de tomber. Sa dérive est stable, pour l’instant.

Ca fait presque deux heures qu’on est là à discuter et je commence à dormir debout à cause du décalage horaire.

On ne peut rien faire pour l’instant, mais on convient de s’appeler le lendemain 5h au lever du soleil pour faire un point météo et voir si l’on peut tenter de prendre la mer avant l’arrivée du coup de vent.

23h30 :

De retour à l’hôtel, j’informe Christian-le routeur, Thomas-le frérot et Peter-l’ange gardien de notre décision.

Lundi 5h :

Charlie, le sergent, est OK pour tenter de rejoindre Mathieu, avant que le vent ne forcisse.

Un autre policier nous accompagne.

La sortie de la baie se fait contre les vagues, dans une mer très courte et hachée. Chaque vague vient percuter l’étrave, puis nous retombons derrière elle dans un choc violent. Un bloc de glace peut parfois s’y trouver : c’est comme si nous étions projetés sur un parpaing.

Au bout d’une heure, Charlie décide de faire demi-tour. Une vie en danger, c’est déjà bien suffisant, pas la peine d’en rajouter trois…

Le retour aussi nous procure des sensations fortes : maintenant les vagues nous soulèvent par l’arrière, un peu de côté. Son bateau n’a pas de quille, il penche donc facilement. Il suffit  d’une petite seconde d’inattention et d’une vague prise de travers et nous risquons de nous retrouver sur le toit.  Heureusement Charlie est un vrai pilote et nous parvenons à rejoindre Cambridge Bay.

Sa décision fut judicieuse, car le vent n’a cessé de monter dans la journée, avec des rafales à 60 km/h.

« C’est la meilleure chose qu’on ait faite aujourd’hui » dit Charlie avec son accent quebecquois !

12h-16h :

A chaque heure, la nouvelle position de Mathieu est mise en ligne, ainsi que les conditions de vent à l’aéroport de Cambridge Bay. S’en suit une discussion avec Christian et Thomas. L’après-midi passe ainsi, entrecoupé par des coups de fil de Mathieu, exténué.

Mathieu a l’air de profiter d’un courant contraire au vent, ce qui limite sa dérive pour l’instant. Il est proche de la côte, mais pas moyen d’y accéder car elle est couverte de glace.

21h :

J’appelle Charlie, et RDV pris le lendemain 5h pour une nouvelle tentative si le vent a diminué.

Wolf, un local qui connait bien le coin, nous accompagnera.

22h-00h :

Le vent a bien forci, et Mathieu, qui commence à dériver mais qui a repris un peu de poil de la bête, décide de rejoindre la côte et de s’ancrer dès que les fonds remontent.

Iceberg pris dans sa chaîne, ancre qui se casse… Il vous racontera ça mieux que moi.

A chaque coup de téléphone, il dit qu’il a failli mourir. Pas facile à entendre quand vous êtes bloqué à terre, impuissant.

Mardi 5h :

Le vent vient de baisser un peu : 30 km/h avec rafales à 45.

J’appelle Charlie : on tente le coup quand même.

7h :

Les vagues sont moins hautes que la veille, ca va peut-être le faire. Nous avons une centaine de kilomètres à faire pour rejoindre Mathieu, qui a bien dérivé pendant la nuit.

8h :

La mer se calme au fur et à mesure que nous enroulons le cap Colborne.

9h :

Coup d’œil sur le réservoir : on est à moitié !

Mathieu nous appelle pour nous communiquer sa position. Nous pensons être sur zone d’ici une heure, mais nous lui expliquons notre problème : nous sauvons sa peau en priorité, mais nous n’aurons sans doute pas assez d’essence pour remorquer son bateau jusqu’à Cambridge. Il prépare donc ses sacs, et une fusée de détresse, qu’il percutera si nous n’arrivons pas à le localiser.

10h :

Retrouvailles !

Un point orange à l’horizon d’abord, un bateau à la dérive ensuite, une tête qui sort de la cabine enfin !

Sourires et soulagement.

Mathieu nous passe un bout pour le prendre en remorque. Pas facile de l’aborder avec cette mer. Nous parvenons quand même à transborder ses affaires.

Mathieu monte à bord. Frigorifié, épuisé et affamé, mais sauvé.

12 h :

Mathieu raconte en riant nerveusement.

On croise de la glace en chemin : il dit qu’il ne peut plus la regarder, que ça lui a fait trop peur.

13 h :

Nous vidons les bidons d’essence de secours dans le réservoir vide.

La mer se calme en approchant de Cambridge Bay.

Nous faisons des pointes à 17 nœuds, le bateau à rame de Mathieu n’a jamais été aussi vite. Il surfe littéralement dans notre sillage : c’est un plan Manuard !

Charlie et Wolf s’étonnent de sa légèreté, et s’aperçoivent qu’il ne nous fait pas beaucoup plus consommer.

14 h :

Le bonhomme touche terre : OUF !

En moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, le bateau est déjà sur une remorque et Wolf s’occupe de le rentrer dans son entrepôt.

Embrassades avec Peter, que Mathieu rencontre pour la première fois.

IMGP1327 Il faut sauver Mathieu

La suite, vous vous en doutez : bière, steak-frites, bain et lit les plus mérités de son existence ! »

   Germain Kervéléo le 8 septembre 2010

    Anne, qui encore plus que nous, a subi avec angoisse les derniéres péripéties de « son » aventurier, nous a proposé avec Annick, mon correcteur (d’orthographe, de syntaxe et autre grammaire), censeur (elle  vous a évité des jeux de mots encore plus navrants), nous a proposé un seau…  pour y mettre une bouteille de champagne, ce soir. Pas trop glacé pour moi…

les Aventuriers

Enfilez  vos gants, bonnets , autres polaires et vos gilets de sauvetage, prenez un seau au cas ou…, voici le récit des derniers jours de Mathieu en mer.

  

Mon arrivée à Cambridge Bay

 

Samedi 4 septembre

Le vent du Nord qui m’a tant aidé dans la descente « express » du Peel Sound

a fait descendre une bande de vieilles glaces dans le détroit de Victoria.

Je ne peux plus avoir une trajectoire tendue vers l’arrivée et je dois faire un grand détour  par le Sud pour contourner une 1ere bande de glaces (7/10°) qui descend au S de l’ile Jenny Lind.

Cette bande descend maintenant sur plus de 50 km alors qu’il n’y avait rien du tout il y a 2 jours. Depuis hier, je rame donc plein Sud contre le vent.

En me réveillant ce matin, Christian m’annonce que le vent a un peu forci et que je dois me préparer à des moments difficiles…d’autant plus que malgré mon ancre flottante, j’ai dérivé de 5 milles vers le Nord pendant mon sommeil. J’a i donc perdu 25% de ma journée de rames de la veille. Je dois maintenant ramer vers le plus possible vers le Sud pour aller contourner cette bande de glaces. A 5h du mat, je souque ferme sur les avirons car je sens qu’il va se passer quelque chose d’important. Je rame 1h avant de faire le point.

Avec la mer formée et le vent contre, il m’est impossible de remonter au vent comme prévu.

Je dois réfléchir pour trouver une solution rapide. Que je rame ou pas, je vais aller « m’écraser » contre cette vieille banquise et ça, c’est la catastrophe assurée.

Depuis le départ, et comme dans toutes les situations extrêmes que j’ai rencontrées (il y en a eu un peu trop),  je fais très attention à ne pas me retrouver dans une situation dramatique avec trop peu de temps pour l’organisation des secours.

Coup du hasard, un Yacht était passé hier au loin, et j’avais pris le soin de les contacter par VHF pour leur demander leur N° de tel satellite et leur donner le mien. Je ne pensais pas au secours, mais je souhaitais simplement les appeler aujourd’hui afin qu’il me donne la position exacte de la pointe de glaces à contourner.

Ce  bateau va vers Cambridge Bay et dois lui aussi contourner cette barrière de glaces.

A 6h30, je les appelle pour leur expliquer ma situation en leur demandant de me remorquer

pour passer cette barre.

Le capitaine me demande 15 minutes de réflexion. Il ne s’agit pas d’un secours officiel mais il comprend bien l’urgence de  la situation pour un bateau à rames. S’ils ne peuvent m’aider, je devrais choisir entre l’évacuation par les Coast Guards ou l’attente qelques jours sous ancre flottante.

La solidarité entre marins fonctionne et j’ai le eu vert : un zodiac viendra me tracter sur 15 MN environ pour franchir l’obstacle et me laissera à la pointe. Apres, je devrai ramer les 90 MN restants vers l’arrivée. Avec cette dérive, mon parcours s’allonge.

2h plus tard, le Zodiac de 11m avec 3 moteurs de 300 CV me remorque plein sud. En arrivant, le  capitaine, qui parle français, me lance un sac avec un thermos de café et un sac de …croissants frais !

IMGP1265 les Aventuriers

 

Le remorquage se fait … vite et bien. A la pointe, et comme prévu, je suis détaché et le Speed boat doit continuer sa route vers Cambridge Bay. S’il me tracte un peu plus, ils n’auront plus assez d’essence pour finir (les bateaux rapides consomment beaucoup plus à basse vitesse !) Il faut dire que ce bateau est capable de faire du 50 nœuds en vitesse ( 100 km/h) !

J’ai le pressentiment que mon arrivée risque d’être difficile  et je leur demande s’ils peuvent inviter TICO à leur bord et le déposer à Cambridge Bay. Demande aussitôt acceptée ! La 2eme bonne décision de cette journée !

Il est midi, il fait gris et je rame 10 h sans m’arrêter, sauf 2 conversations avec Christian et Thomas. A 23h, je tombe de fatigue et m’endors aussitôt. Je me relève toutes les heures pour scruter la mer et vérifier la vitesse et le cap de ma dérive. Difficile de bien récupérer  quand il faut sortir  cartes, règles et compas toutes les heures !Je suis tracassé par le niveau très bas de mes batteries.

 Dimanche 5 septembre

A 5h, impossible de contacter Christian. Thomas (qui veille en 2nd) m’informe, qu’une 2eme bande de glace risque de me barrer la route et que je dois ramer plein Ouest pour la contourner. Il fait très gris. Je m’habille en vitesse, en avalant tout ce que je peux car j’ai le sentiment que je ne vais pas lâcher les rames de la journée. Heureusement, je me suis forcé à avaler une casserole entière de pâtes hier soir, comme chaque jour depuis le départ de la 2nde étape. Pour éviter une trop grande perte de poids, je dois ingurgiter environ 9000 Kcal par jour. Je remarque que ça marche plutôt bien et j’ai vraiment la grosse caisse quand je tire sur mes avirons. Je respecte bien les conseils de Mathieu Lainé avec 100 g de beurre par jours, 150 g de fromages etc…les 500g quotidiens de bannick de Daisy.

Je rame vers l’ouest depuis 1h quand mes batteries s’arrêtent. Plusd’énergie : ni eau, ni téléphone, ni instruments de navigation, ni pilote automatique pour raccourcir et optimiser ma route ! J’attrape le GPS à piles de secours confié par GARMIN pour  suivre mon cap et je coupe tous mes appareils. Les quelques rayons de soleil serviront en priorité au téléphone,

qui est chargé pour l’instant. Christian me confirme que je dois croiser cette bande de glaces dans 16, 5 MN  En ramant bien, je dois toucher cette bande de glaces dans 8h, car je fais du 2 MN /h.

Je rame à l’estime pendant 4h et je  me retrouve dans des glaces compactes et vieilles. Il y a plus de 20 nœuds de vents ( 40 km/h) et je dois passer cette barre. Ne jamais paniquer. Je me mets debout souvent pour repérer’ les rares passages d’eau libre. J’ai baptisée depuis le départ cette vieille glaces »banquise aéroport » car j’ai l’impression d’être sur une piste d’atterrissage quand je suis au milieu tant le vacarme est assourdissant. On ne pourrait s’entendre parler à 2 m ! Les blocs (gros comme des maisons) font monter des geysers d’eau à 15m en l’air sous l’effet de la pression. Ne pas paniquer et s’appliquer. Si je casse un aviron, c’est la mort garantie. Je calcule ma route au milieu des glaces en essayant de me tenir à distance de ces blocs qui montent et descendent sous l’effet de la houle. Avec le ressac, je suis souvent comme aspiré et me retrouve à quelques mètres de la glaces. Je dois vraiment forcer comme un fou pour éviter de toucher cette banquise. Regarder bien l’itinéraire dans ce labyrinthe et rester calme.

Apres 2h de stress et de galères, il y a de plus en plus d’eau . Christian m’apprendra plus tard

que je venais de traverser du 5/10eme (ce qui signifie 50% de la surface en glace et 50% en eau). Je fais un break. J’ai rencontré de la glace  alors qu’elle ne figurait pas sur la dernière carte…Christian n’est pas joignable. Thomas n’est pas très sur et ne peux me confirmer si c’est la seule zone de glaces qui a bougé ou si je vais en rencontrer une autre dans 4 h , tel que prévu sur dernières cartes. Apres les 2h à hauts risques que je viens de passer  et dans le doute pour la<suite, je demandes à Thomas de contacter Peter à Cambridge Bay pour trouver un bateau d’assistance capable de venir me chercher. Peter est mon contact local et il m’envoie des SMS  matins et soirs pour la météo et les glaces, et ce, depuis 1 mois. C’est un radio amateur passionné par le Passage du Nord Ouest qui aide tous les bateaux qui traversent.

C’est lui qui m’a permis de faire les rencontres avec les autres bateaux

Je continue à ramer en espérant que la zone traversée était bien la seule qui me barrait la route vers l’arrivée. Bonne nouvelle : Christian m’appelle pour me dire qu’une nouvelle carte vient de sortir et qu’en fait, la zone que je viens de traverser est bien la seule (celle annoncée plus loin qui s’est déplacée) et que je dois ramer encore un peu fort vers l’ouest. Je pourrais ensuite faire du Nord et toucher la cote pour m’abriter cette nuit.  La pression baisse un peu.

Je me concentre sur les objectifs car il n’y a pas de temps à perdre. Il fait maintenant nuit à 22h30 et il me reste juste 5 litres d’eau, ce qui devrait suffire pour rejoindre l’arrivée prévue demain.

J’ai Thomas au téléphone qui me dit que c’est quasi impossible de trouver un bateau à Cambridge pour venir par un temps pareil. Puisque le danger »glaces «  est écarté, on laisse tomber et je finirai mon voyage à la rame, ce qui est mieux.

Je rame toute la journée pour un mouillage prévu vers 21h30. A 4 milles de la cote, jesors mes jumelles pour faire le point et là, c’est un nouveau gros stress de la journée : la nuit tombe mais je vois bien que toute la cote<est blindée de vieilles glaces. Le vent va me pousser dessus. En 2 minutes, je mets mon ancre flottante et contacte ensuite Christian. Je dois stopper ma dérive et éviter d’aller à la cote. Très mauvaise nouvelle : le coup de vent d’Ouest  de demain sera beaucoup plus fort que prévu : plus de 60 km/h . Ce vent va m’écarter de l’arrivée et me faire reculer. Le point positif, c’est que ce vent me fera longer la cote sans risque d’aller vers les glaces. Décision est prise de contacter Germain arrivé à Cambridge Bay pour trouver un bateau capable de venir me chercher. Christian me demande de manger et dormir, il organise avec Thomas et Germain la veille de ma trace. Avec ma balise qui émet ma position toutes les heures, ils vont observer ma dérive.

Malgré le stress énorme et les risques encourus, je dors comme un bébé ; Comme mon circuit électrique est en rade, j’attache mon tel satellite  sur le toit dans un sac étanche. Je stoppe toutes communications exceptées  avec Germain, thomas et Christian.

Lundi 6 septembre

A 6 h, 2 bonnes nouvelles : je n’ai dérivé que de 2 km depuis hier soir, et il y a un rayon de soleil : mes batteries se rechargent.

Le vent d’Ouest commence à rentrer et je dois rester à l’ancre toute la journée. Germain va tenter de venir me secourir. A 10h, la mer est vraiment forte et le vent dépasse 50 km/h. Germain est en route,

Je me vois ce soir à Cambridge Bay (dont je suis séparé par 65 km). Il faut juste que ma dérive n’augmente pas. A midi, très mauvaise nouvelle : la mer est si grosse que le bateau d’assistance affrété par Germain (le plus gros bateau de Cambridge Bay) a du faire demi tour.

Les rafales dépassent les<70 km. Je mets  ma combinaison étanche et prépare mon sac de survie (GPS secours, fusées, téléphone sat de secours, etc…) ; Mais l’eau est à 1,5°C

Ma vitesse de dérive augmente vers l’ouest et je vais donc me rapprocher de la zone de glace compacte traversée la veille. Le front passe sur moi et il pleut des seaux.

Thomas, Germain et Christian  se relaient et m’appelle toutes les heures, car ca gamberge pas mal dans ma tète : je fais route en arrière vers une zone  dangereuse de vieille glaces que le vent aura compactée. Vents forts et vieilles glaces, c’est vraiment pas très bon pour un bateau à rames, aussi solide soit il.

A 17h, un iceberg qui je surveille depuis 1h, se rapproche de moi. Il est à 200m et je dois donc me déplacer. Par 70 km/h de vent, je me mets à ramer vers la cote. Mon bateau est si stable que finalement, ca va plutôt bien. Je prends la décision de  me rapprocher de  la cote pour trouver un haut fond juste avant le rivage ou espérer trouver un petit bout de cote sans glace pour échouage « rock’n roll » dont j’ai maintenant l’habitude.

Je rame travers au vent dans des vagues de 3 m par 70 km/h de vent et je vois même des rafales à 40 nœuds…80 km/H s’afficher sur ma centrale de navigation.

Rester calme, respirer. Même de travers, ma vitesse est impressionnante :4 noeuds.

Il me faut moins de 2h pour arriver à la cote. Je surveille mon sondeur avec<mon mouillage prêt à être  jeter à l’eau. A 10m de fond, je jette mon ancre, avec  8m de chaîne et 30m de bout plombé. Victoire, cela tient . Je programme une alarme de mouillage au plus juste car je suis à moins de 100m de la banquise côtière. La côte est elle à 200m. En cas de crash, je devrai pouvoir nager et traverser cette glace, même dans de l’eau à 1,5°C.

Je reste dehors 20 minutes pour surveiller que mon ancre tient bien. Mon bateau se dresse presque à la verticale sous l’effet de la houle et du vent. Il y a toujours 70 km/h de vent. Je suis trempé gelé.

Je rentre me réchauffer et faire le point avec mon équipe. Il est 6h du soir, 2h du matin en France. C’est Thomas qui est de « permanence ». Il me donne les nouvelles  prévi météo : le vent doit baisser et tourner au N demain matin. Le bateau d’assistance tentera une nouvelle sortie demain matin, sitôt moins de 30 km/h de vent.

Je dois me réchauffer.et reprendre de l’énergie. Malgré les montagnes Russes et mon bateau qui tire comme un fou sur sa chaine, j’arrive à me faire une soupe.

Soudain un fracas énorme : je sors et horreur, un morceau de glace de la taille d’un camion est sur moi et me pousse à la cote. Ma chaîne est coincée sous la glace. Je bagarre 30 minutes en tirant et relâchant la pression de mon mouillage sur le winch pour relever mon ancre.

Il y a toujours 60 km/h de vent. Je parviens enfin à  dégager l’ancre et en 10 secondes, je suis

contre la glace. Soit je quitte mon bateau et j’escalade les blocs pour faire les100m qui me sépare de la cote, soit je continue à me battre.

IMGP1302 les Aventuriers

J’y vais. Je remets mes aviron set tente de me dégager. Avec la vitesse et les vagues, je cogne la glace à toute vitesse. Les fusibles du safran volent en éclat, et mon safran vole au vent  comme une voile. Plus de gouvernail, donc impossible de contrôler mon bateau. Mon aviron passe sous le bateau et ma dame de nage bâbord explose.

Je sens que la fin est proche mais je vais continuer à me battre. Je ne sais pas bien comment mais j’arrive à m’éloigner de 30 m de la glaces. Je jette mon mouillage à l’eau pour réparer les dégâts. Vite sortir ma clef de 13 et remplacer ma dame de  nage ; j’avais déjà cassé cette pièce essentielle dans une situation critique lors de ma 1ere étape et j’avais fixé la pièce de secours et la clef à pipe directement accessible dans mon cockpit. En 2minutes chrono, tout est en place.

Je dois maintenant remettre le safran (gouvernail) en ordre. Bien attaché, je vais à l’arrière du bateau et horreur, je m’aperçois que la pièce  de fixation en carbone du casque de safran a été arrachée par les glaces. Heureusement que Thierry avait envisagé cette éventualité et m’avait fabriqué cette pièce en double. Je vais pour mettre celle-ci et je m’aperçois que les trous pour les fixations sont trop petits car après la 1ere étape, j’ai opté pour des cerflex plus rapide à mettre que des vis plastiques. Dans des creux impressionnants, je dois aléser les trous avec les chignoles de Thomas. Je ais y arriver et j’y arrive. Apres une bataille de 15 minutes, tout est bien réparé.

Je dois maintenant remonter l’ancre et filer au plus vite, car ca sent le danger à, plein nez avec toute cette glace. Apres 2 tentatives et 30 minutes à me casser le dos, impossible de remonter mon mouillage : avec le vent et les vagues, la tension est beaucoup trop forte.

Je ne peux plus rien faire. Je rentre dans ma cabine et j’envisage toutes les situations :

-         soit les blocs de glaces qui me foncent droit dessus sont relativement petits, ils passeront à D ou à G

-         -soit c’est un gros qui m’arrachera le mouillage ou m’écrasera le bateau, et je nagerai vers la berge en tentant de sauver ma peau

Et là incroyable, j’arrive à m’endormir et je dors quelques heures, plutôt bien. Ca doit être ca, le « lâcher prise »
Dans le bateau, un vacarme assourdissant, avec les blocs de glaces<qui cognent de tous les cotés. Puisque je suis toujours vivant après 2h, il n’y a pas d e raison  pour que cela ne continue pas.

Vers 11h, SMS de Christian qui m’informe que j’ai recommencé à dériver. Je regarde mon sondeur et effectivement, j’ai 75m d’eau sous moi. L’ancre et la chaîne qui pendent sous le bateau me ralentiront. Christian est toujours rassurant : c’est parfait comme ca, dors , ton bateau est solide et on veille sur toi. Je cognes violemment les glaces toute la nuit

Mardi 7 septembre

Je continues à cogner. Je dois sortir souvent pour remonter la chaîne qui se bloque sous la glace. Mon ancre a été arrachée par les glaces, il reste juste le » manche. »Je finis par tout remonter et laisser le bateau faire les autos tamponneuses et tournoyer

à toute vitesse, safran et dérive relevées. Je parle avec Thomas toutes les heures, histoire de< décompresser.

Vers1h du matin, je rentre dans une zone de glaces très compacte. Les chocs sont très violents et j’ai peur d’être écrasé. Thomas me conseille de jouer les gondoliers avec un aviron et ça marche plutôt bien. Je passe 2 h sur le pont à me repousser de la glace et cela me réchauffe. Vers 4 h du mat, Germain m’annonce<qu’il voit le vent baisser et qu’ils tenteront une sortie des les 1eres lueurs de< l’aube.

Je redors d’un sommeil de plomb pendant 1h. Tout est trempé dans le bateau et mon sac de couchage est rempli d’eau (je dors avec mes bottes et ma combinaisons trempée). Je n’ai plus d’eau pour boire

Vers 6h, je ne touche pratiquement plus la<glace et je suis bien vivant. Je vais m’en sortir.

Malgré la violence des chocs, mon super bateau en kevlar ne semble pas avoir souffert.

Germain m’informe qu’ils sont partis mais me préviens que ce n’est pas sur qu’ils réussissent à me rejoindre. C’est vrai que la mer est encore très forte et que le vent est toujours de plus de 40 km/h.

Avec le coup de vent, qui m’a fait reculer, je suis maintenant à 100 km de Cambridge Bay.

Je dois envisager qu’ils n’arriveront pas à passer. A 6h30, j’appelle le centre de secours des Coasts guards à Montréal pour leur expliquer la situation.

Depuis le départ, et confronté malheureusement trop souvent à des situations critiques, ils me connaissent parfaitement. Le contact connaît d’ailleurs parfaitement ma position, il semble connecté sur mon site en permanence.

Je leur explique que ce n’est pas encore une demande officielle de secours ( Rescue) mais que si le bateau parti de Cambridge ne pouvait passer les vagues,, je lancerai dans 3 ou 4h une demande officielle d’assistance (MAY DAY)

Ils apprécient ma démarche. Nous envisageons ensemble  les différentes solutions de secours :

Hélitreuillage (rapide mais perte de mon bateau) ou récupération par le brise glace HENRY LARSE N, situé à 202 milles de moi avec une durée d’intervention estimée à 20h.

Je crains surtout de dériver vers la zone de vieille glace traversée 2 jours plus tôt.

Vers 8h30, thomas m’appelle et me dit qu’il a une bonne nouvelle. Je comprends immédiatement qu’il y en a une  mauvaise.

Germain est en route et se trouve à mi parcours, à priori, ils devraient me rejoindre puisque le vent baisse (la mer est toujours démontée). Thomas m’informe par contre que pour mon bateau…sans doute impossible à remorquer vu l’état de la mer. Mise  à l’abri sur la cote ???

Je suis toujours vivant.

Je guide Germain par VHF vers ma position. Il me demande de mettre en sac et de  rassembler la totalité de mes affaires. Je commence à comprendre que je vais devoir abandonner mon bateau, mais finalement, cela m’est presque égale.

 A 10h, j’embrasse Germain : ils ont réussi

Apres un essai de remorquage, Charly s’aperçois que mon bateau est si léger et surfe si bien

Sur les vagues que le remorquage est facile. Ils demandent cependant à un autre bateau de Cambridge Bay de se préparer à venir à notre rencontre avec de l’essence.

Je contacte les CG de Montréal.

Je suis vivant.

Je me réchauffe dans la cabine du bateau. Nous arrivons à Cambridge en fin d’am, il fait 2°C

et il se mets à neiger.

J’offre ma Winchester Magnum à Charly qui, heureux de m’avoir sauvé la vie et qui est passionné de chasse.

 IMGP1326 les Aventuriers

 

Je me mets dans un bain bien chaud et je m’endors. C’est délicieux.

Malgré le fait que j’ai fait la partie la plus périlleuse du Passage du Nord Ouest, les 3 derniers jours confortent ma décision de renoncer à l’étape suivante.

Pour aller au Détroit de Béring, il faudrait vraisemblablement non pas 1 mais plutôt 2 étés

J’ai eu beaucoup de chance cette< année, et mieux vaut ne pas « forcer le destin « 

Je dois reconnaître que j’ai fait un voyage extraordinaire, dans tous les sens du terme, mais que tous les dangers rencontrés ne m’ont peut être pas permis de profiter sereinement de cette Nature si belle et si sauvage.

Les conditions météo rencontrées, des vents si violents , l’isolement, la glace, les morses, les ours, les difficultés pour toute assistance …cette nature si inhospitalière, bref, pas vraiment  fait pour un homme seul sur un petit bateau à rames.

Aucun solitaire n’a d’ailleurs encore franchi le Passage du Nord Ouest.

Et personne n’était venu ramer par ici.

Merci à  Christian, Germain et Thomas pour cette assistance.

Merci à Charly et Wolf d’avoir bravé la mer dans des conditions difficiles.

Je pense que quelque part, vous m’avez peut être sauvé la Vie.

 Je viens de ramer plus de 2500 km dans la mer de Baffin et le Passage du Nord Ouest.

Et je suis vivant.

Merci.

   Voila le récit de Mathieu pour le moins passionnant ,  je vous laisse respirer. Ne vous détendez pas trop  celui de Germain arrive…  

Le repos du guerrier

Le repos du guerrier

 

Mathieu se remet doucement de son arrivée mouvementée à Cambridge, il a bien sur beaucoup de choses à nous dire.  Il raconte dans un long message ses dernières heures en mer. Ce debriefing lui fera grand bien. Germain de son côté,  nous explique comment il a géré les ultimes moments très tendus, pour récupérer , avec l’aide des gardes côtes, « notre rameur » dans le milieu hostile dans lequel  il dérivait. Mais toutes ces passionnantes péripéties sont « gelées » dans les méandres d’internet. Nous les attendons avec impatience. Elles seront mises en ligne dés que possible. Ne vous éloignez pas de votre ordinateur.

A très vite.

JJ Ollier , 22h 30, le 8 septembre 2010.

PS: il vous embrasse et vous remercie encore de votre soutient.

The end

 

Mathieu sauvé des eaux

Voila la première partie de la traversée du Passage du Nord Ouest est finie pour Mathieu qui vient tout juste d’appeler Anne pour la tranquiliser. Il est sain et sauf même si cette nuit a été la plus dure qu’il ait eu à subir depuis deux mois. Voila ce que disait Christian il y a quelques heures, il y a prescription…

« A ne pas diffuser. »

« Bonjour,

 Le mouillage de Mathieu n’a pas tenu, probablement à cause des glaces dérivantes. Je lui ai envoyé des textos pour qu’il me rappelle. Il pensait être mouillé tranquillement par 10 mètres de fond. Je lui ai demandé de mettre son sondeur et il a pris conscience qu’il dérivait par 75 mètres de fond au milieu des glaces.

 Pour l’instant, il n’y a pas grand-chose à faire. Il garde son mouillage devant qui le ralentit et qui lui maintient l’étrave face aux glaces, ce qui évite de casser le safran. Il a également cassé une dame de nage et a réparé.

 Le problème est qu’il est maintenant impossible d’aller le chercher au milieu de la zone de glace (il n’a pas encore réalisé). Au lever du jour, elon sa position et la situation des glaces, il faudra qu’il rame pour s’en dégager. Je pense que l’échappatoire est au Sud Ouest si le vent est assez Nord. Pour que Germain puisse le récupérer, il faut qu’il ressorte de la zone par l’Ouest.

 A suivre.

 Christian »

Thomas (son frère) vient de m’appeler , Christian n’a pas voulu m’affoler mais la situation était bien pire que le message ci dessus. En résumé Mathieu s’est retrouvé « au contact » avec d’énormes glaçons et a été brassé toute la nuit sans aucun moyen d’agir, risquant d’être broyé plusieurs fois. Christian et Thomas ont passé la nuit avec Mathieu, essayant de le destresser, Germain lui sur place a trouvé une embarcation pour venir lui porter secours. Depuis une heure Mathieu est en remorque derrière ses sauveteurs et navigue vers Cambridge. OUF! Vous faites ce que vous voulez, mais moi je vais boire un coup, je corrigerai les fautes d’orthographe plus tard. Bravo  à Christian, Thomas et Germain pour leur efficacité.

JJ Ollier le 7 septembre 2010

Un jour sans fin

Un jour sans fin

Rassurez-vous, Mathieu n’a pas décidé de faire demi-tour pour retourner à Qaanaq, un maudit vent de Sud Ouest souffle sur la zone où il se trouve depuis dimanche.

position Mathieu Un jour sans fin

 

Mais vous l’aviez déjà vu bien sur en observant le trajet de sa balise. Une fois de plus il ne peut rien faire et doit attendre que la bascule s’opère. C’est vraiment rageant d’être à quelques miles, et une nuit, (vivement que cela se termine pour moi aussi…) de Cambridge et de subir une fois de plus cette infortune de mer.

Le moral bien sur n’est pas au plus haut, il est cependant confiant puisque Christian lui a annoncé la « bascule » pour les prochaines heures :

« Il y a des vents forts de Sud ouest qui le poussent sur la glace. Il y a trop de vent pour ramer. Il a donc joué avec son ancre flottante et les courants pour essayer de se maintenir. Le vent devrait tourner d’ici quelques heures au Nord ouest en mollissant, ce qui devrait lui permettre de recommencer à faire route.  »

Et Tico, comment prend-il tout ça, bloqué sur le bateau sans pouvoir mettre patte à terre depuis trois jours ??? Pas d’inquiétude, Mathieu s’est séparé de son compagnon lors de sa dernière rencontre avec l’équipage qui traverse le PNO à « bloc ». Il est confortablement installé à Cambridge, chez Peter, attendant son maître. Mathieu se doutait que le final serait dur et même si cela l’a laissé bien seul, il n’a pas voulu faire prendre des risques à son chien. 

Germain a essayé de venir à la rencontre du rameur hier mais la mer était vraiment trop mauvaise, même les bateaux à moteur ne pouvaient sortir de la baie.

 On commence vraiment à languir :THE END.

A bout de souffle

A bout de souffle

Tout comme en montagne, sur les grands sommets,  où les derniers mètres sont les plus difficiles à parcourir, Mathieu doit puiser dans ses ultimes ressources pour enfin arriver à destination.  L’expression est triviale mais il est « cuit ». Voici un message de Thomas, son frère. Tout y est dit.

 JJ,
Mathieu m’a chargé de te dire qu’il n’avait plus beaucoup de batteries.
Il privilégie les contacts « routage ».
Comme l’an passé
(en arrivant à Cayenne)la fin se fait dans la douleur.
Grosse journée, grosse adrénaline pour passer la dernière langue de glace, au vent d’énormes icebergs qui crachent leurs geyser dans un vacarme infernal.
Avec la peur de se faire plaquer contre par le vent du sud au moindre faux pas, pas le droit de s’arréter.
C’est fait, il devrait pouvoir dormir au mouillage dans Andersen Bay ce soir.
Demain encore une grosse journée et il devrait pouvoir rejoindre Cambridge Bay en longeant la côte, à priori sans glace, si le vent d’ouest le laisse passer.
Mathieu en a vraiment plein le dos, son moral en dents de scie trahit sa grande fatigue.

Thomas

Ce soir il sera  à Cambridge, on croise les doigts et on souffle dans le bon sens . ALLEZ MATHIEU!

Les jeux de la mer et du hasard

Les jeux de la mer et du hasard

Mathieu  a pris la décision de partir vers le sud comme vous avez pu le voir avec sa balise. Il n’a vraiment pas envie d’en rajouter mais une langue de glace « taquine » (7/10) lui impose  ce choix. Voici les cartes des glaces envoyées par Germain et Christian.

Glaces 3 sept1 Les jeux de la mer et du hasard

   En grand format ou…

2010 08 03 Route Les jeux de la mer et du hasard

… à la loupe. 

Hier, perdu dans ses pensées, le regard  machinalement dirigé vers son rétroviseur (pour ceux qui l’auraient oublié il rame à « l’envers », cet accessoire   que nous utilisons chaque jour  lui est d’une grande utilité pour éviter les blocs dérivants) il aperçoit un zodiac, fonçant à vive allure dans sa direction! Il n’a eu aucun contact avec Peter qui lui annonce habituellement les visites « surprises », celle ci  est  totale.

 On lui propose de monter à bord, lui offre un thé, la discussion s’engage sur leur motivation respective et le pourquoi de leur présence dans le secteur. Pour Mathieu, je vais peut-être ne pas vous expliquer… L’équipage du zodiac, lui, parcourt le PNO à « fond » établissant un record de vitesse, pas vraiment la motivation de Mathieu. Les partenaires du défi sont Mercury et Zodiac, rien d’étonnant. L’équipage très cosmopolite se compose de 2 indiens, une allemande, un irlandais, un anglais, une canadienne. Une unité plus importante  leur sert de  »camp de base », elle est ancrée plus loin.

  Une demi heure plus tard Mathieu repart, ravi une fois de plus de cette visite inattendue. Une vraie marina ce PNO… 

Il navigue maintenant  au milieu des petites îles du Royal Geographic, quelques mètres seulement au dessus du niveau de la mer. Tico peu débarquer à tout moment pour courir. Il faut qu’il en profite, le détour de Mathieu par le Sud se fera en pleine mer, ne permettant pas pendant un jour et demi d’accoster.  Mathieu était confiant hier, si la météo reste stable, vent de sud faible et mer calme , il devrait lacher les pelles dimanche ou lundi. Il lui reste ce jour moins de 100 miles avant d’entrer dans Cambridge Bay.

JJ Ollier le 4 aout 2010

Le bruits des glaçons

    « Le bruit des glaçons »

La bascule du vent a eu lieu, le vent s’est établi au Nord, la pluie a enfin cessé  ce mercredi après midi.

       La nuit précédente  a réservé à Mathieu quelques moments  intenses  comme il en a vécu de nombreux depuis le Groenland.Il en  appréciera vraiment la « saveur »une fois son voyage terminé. Après avoir profité du vent favorable et ramé jusqu’à 23 heures, il se met à l’ancre dans une zone assez profonde, s’endort rapidement et profondément.  A 2 heures  un choc violent et bruyant  contre le bateau le réveille en sursaut, il se précipite dehors pour voir un énorme bloc de glace dérivant, à l’abordage de son embarquation.

IMGP0694 Le bruits des glaçons

Voila à quoi cela devait ressembler mais en pleine nuit c’est beaucoup plus « fun ».

 

Le bout de banquise le pousse, il lui  faut réagir rapidement. Une fois l’ancrage arrivé en bout, le bateau solidaire du fond risque d’y être envoyé. Le stress lui donne  l’énergie nécessaire pour une heure de winch. Il remonte cm après cm chaine, ancre, bout qui le maintenaient au fond et se  sort d’ une position pour le moins délicate.

        Il contourne le glaçon de plusieurs dizaines ?, centaines ?, milliers  de tonnes et s’effondre sur son matelas.

       Pour la grasse matinée il lui faudra attendre encore quelques jours. A 6h  même phénomène, même cause, même effet. Heureusement le même remède produira un résultat identique. Mathieu abandonne définitivement  son lit et reprend les rames pour s’éloigner de cette zone bien encombrée et peu hospitalière.

      Tico lui profite bien de cette situation et peut réguliérement aller se dégourdir sur ces grands bouts de banquise.

IMGP0556 Le bruits des glaçons

 

Cela évite aussi à Mathieu des accostages toujours fastidieux. Aucun doute l’homme comme l’animal se sont adaptés au milieu.

    Peter l’a contacté  pour lui annoncé que le Harry Larsen arrivait dans sa zone, cela le rassure car  »l’atterrissage »  à Cambridge devrait être délicat, il y a beaucoup de glace autour de l’île.

IMGP0249 Le bruits des glaçons

 

De plus le vent de Sud est annoncé pour le weekend. Le voyage n’est pas encore terminé.

JJ Ollier le 2 septembre 2010

Rencontre du troisième type

    Le vent vient de tourné plein Sud, la chance de Mathieu aussi pour l’instant. Inutile de lutter. Il vient donc de sortir son ancre flottante, son Iridium et son casse-croute. Déjà que la liaison est moyenne, alors avec la bouche pleine…Enfin il mange c’est rassurant.

            Il a passé, hier, de justesse le cap qui lui évitera plusieurs jours de navigation, longeant par l’Ouest l’île du roi William (oui il a pris du grade depuis le dernier article…), à travers le détroit Victoria au lieu de passer par Gjoa Haven plus à l’Est. Il s’est battu 10 miles contre vent et courant  pour un jack pot de 110. Bel investissement!

               Dans ce secteur, il est très facile d’accoster, Tico se fait de longues séances de décrassage, courant après les nombreux migrateurs : oies, bernaches, et sternes. Pas d’ours en vue, « no stress ». 

® photo Bruno MAZODIER 27965 Rencontre du troisième type

 

  Le rameur a pu passer une nuit confortable, Tico préférant rester « sur le pont » à observer cinq phoques attirés par le bateau. En effet s’il  s’endort évidemment en chien de fusil, dans la nuit il prend ses aises et c’est chaque fois la bagarre pour la place sur le matelas.

            Peter,  deuxième ange gardien de Mathieu après Christian, l’a appelé pour lui signaler la présence d’un voilier qui venait dans son cap. A 9 heures hier soir le contact est établit, la troisième rencontre sera tout aussi riche et passionnante que les précédentes. Graeme Kendall est néozélandais et finit un tour du monde commencé en 2005. Il ne lui reste « plus que » 8600 miles à parcourir pour rallier Auckland son port d’attache via le détroit de Behring et le Pacifique. Si vous voulez tout savoir c’est là :  http://www.astralexpress.com/

 Il n’avait pas l’intention de passer par le « raccourci » de Mathieu, inédit cette année, mais il se lance tout de même après avoir l’accompagné pendant une partie de la nuit, qui maintenant « s’éternise » de 11h du soir à 4h du matin. A l’aide du radar et de jumelles infrarouges, ils ont pu naviguer sereinement. Il y a tout de même encore de la glace dérivante.

IMGP0242 Rencontre du troisième type

 

  Beaucoup de discussion autour d’un steak et d’un coup de rouge, un peu de troc (pain et fromage français contre chocolat néozélandais), un moment de détente qui brise sa solitude, Mathieu est prêt pour les derniers miles qui lui reste à parcourir. Selon les estimations de Christian il devrait arriver jeudi, dans 8 jours.

       La solidarité prend tout son sens dans ces contrées aussi austères, quelques heures après le départ de Graeme, les irlandais rencontrés plus au Nord l’ont appelé  pour savoir où il en était, si tout se passait bien. Le néozélandais  lui aussi pour lui dire que le passage était libre de glace. Excellente nouvelle.

JJ Ollier le 31 aout 2010

 

 

IMGP0296 Rencontre du troisième type

Message personnel

Mathieu a gardé un souvenir ému de sa famille Inuit de Résolut, il tenait à les remercier. Il le fait par l’intermédiaire de Germain qui  leur envoi ce message.

« Hi Daisy , Randy,Sheldon, Bélinda,
 
Mathieu can’t send e-mail from his boat, but he told me to thank a lot his « inuit family » !
 
Thank you for your kindness, your welcome and your hospitality !
 
He thinks every day to you, mostly when he eats some Banik !
 
Mathieu want you to come in France as soon as possible !
 
Take care,
 
Germain »

IMGP0751comp Rencontre du troisième type

Open barre

              Le marchand de sable est passé la nuit dernière, Nicolas et Pimprenelle, pardon Mathieu et Tico ont passé une excellente nuit. Nounours n’a pas fait de visite, une nuit réparatrice donc.        

         Ce samedi matin Mathieu a Peter par la radio, il  lui annonce la présence d’un voilier venant de l’Ouest dans le Sud de sa zone. Un appel lancé toutes les heures à la VHF lui permet de le localiser. Le voilier se déroute,  trouve la barque et se met à couple avec celle-ci. Mathieu a passé deux heures bien agréables, Tico beaucoup moins, nous en reparlerons.        

IMGP0558 Open barre        

               Le Farema, un voilier barré par un couple de Finlandais, arrive de l’Alaska et traverse le PNO dans l’autre sens. Il invite Mathieu à manger et lui offre un journal et un bouquin. Mathieu,  en remerciement leur donne…quatre kilos de croquettes ! D’accord la marque est prestigieuse voire Royale  (ça c’est fait…) et donne une Santé (ça c’est fait aussi) de fer mais celles-ci sont tout de même  destinées à la chienne présente à bord du navire.        

                Les Finlandais sont eux aussi des baroudeurs, ils font le tour du monde, et  navigueront l’année prochaine dans les eaux de l’Antarctique. Ils avancent, contrairement à Mathieu assez loin des côtes et ont vu peu de vie sauvage. La côte aux abords de l’Alaska est peu attractive, la présence de nombreuses installations pétrolifères gâchant en de nombreux endroits le paysage.        

L’émotion de la rencontre a été, pour Mathieu cette fois ci encore, forte avec ces marins audacieux. Il  retourne à bord de son bateau plein d’énergie et d’optimisme. Peut-être aussi à cause des deux verres de vin bus avec ses hôtes…        

   Tico est resté «  sagement » dans le bateau, il était canina ( ?) non grata à bord du voilier. Pour la chienne agressive et dominatrice, pas question d’un autre animal sur son territoire. Ces  deux heures ont semblé bien longues au Husky qui pour s’occuper (et se venger surtout de cet injuste abandon) à commencé à démonter le bateau, s’attaquant à la protection en mousse de la porte. Pas trop de dégât, Mathieu étant plutôt amusé par la réaction de caractère de son chien.        

  Les conditions de météo s’améliorent encore et Mathieu a pu ramer pour la première fois sans son bonnet.        

    Pour la suite de la route je vous laisse avec Christian.        

Bonjour,

   Voici une petite carte qui montre la route que Mathieu doit encore faire
pour atteindre Cambridge.
     

       

         

Route Mathieu Open barre        

L’objectif est de se glisser le long de l’Ile du Prince William dans la
petite bande qui est libre de glaces. La zone en vert est prise à 2/10ème
par les glaces. C’est encore navigable.
     

La crainte est que la zone rouge finisse par se décaler vers le Sud, ce qui
bloquerait l’accès à Cambridge Bay.
      

Christian     

       

 Même si Mathieu a dépassé le milieu de la distance qui le sépare de Cambridge, les prochaines heures vont être décisives, s’il peut passer en suivant l’itinéraire rouge tout va bien, sinon il devra longer l’ïle du prince Wiilliam par l’Est rallongeant de plusieurs jours la route le menant à Cambridge. On croise les doigts.        

JJ Ollier le 29 aout 2010

Grosse fatigue

                                              Mathieu était « cuit » hier soir. On le serait à moins. Il venait de parcourir la plus grande distance  de sa carrière de rameur en mer, 55 miles nautiques, soit plus de 100km… Il profite d’un vent de Nord bien établi pour avancer, sans en perdre un souffle quitte à perdre le sien.  Comme il le fait remarquer, il n’ose pas imaginer  un vent contraire…S’il s’inquiète peu (pas assez ?) de son confort, il n’oublie pas celui de Tico  bien que ce soit, chaque fois  une source d’inquiétude  supplémentaire. Il lui faut accoster, la carabine à l’épaule, la bombe anti ours dans une main (dans le cas où la carabine ne serait pas fonctionnelle, il pourrait se servir de ce spray répulsif mais seulement en « combat rapproché », 2 mètres environ, on n’y pense même pas !). Il doit tenir surtout le bateau fermement pour éviter, les chocs violents sur les cailloux,  qu’il ne s’echappe,  le tout avec des vagues très contrariantes.  Les quelques minutes où Tico gambade (sans trop s’éloigner, il est devenu prudent), Mathieu scrute les environs, regarde si aucun névé ne se déplace…,  évitant de se faire arracher le bateau ou un bras par une vague plus forte. Pas vraiment du repos.

                 S’il a parcouru une si longue distance c’est grâce à des conditions météo enfin favorables mais aussi à sa façon de les gérer.

 ® photo Bruno MAZODIER 3269 Grosse fatigue

  Ses périodes de sommeil sont toujours aussi courtes et à chaque réveil ;

 ® photo Bruno MAZODIER 30161 Grosse fatigue

 

 après une rapide toilette…

® photo Bruno MAZODIER 2820 Grosse fatigue

 

un repas vite avalé ; 

® photo Bruno MAZODIER 3050 Grosse fatigue

 

 il étudie ses cartes, regarde ses instruments, règle dérive et safran pour optimiser son avancée.

           Il y a toujours beaucoup de vent (environ 40km/h),  rendant  la navigation compliquée. Pendant 4 ou 5 heures la mer et le courant de marée peuvent être dans le même échos, créant une houle de 1.5 m et quelques déferlantes  sur le bateau. Ensuite au changement de marée, la mer devient beaucoup plus hachée, ne facilitant pas la tache de Mathieu.

            Tous ces phénomènes rajoutent au stress de ce long voyage. Tico lui dort beaucoup

IMGP0658 Grosse fatigue

 

 ou observe dans le vague, vagues et mouettes, pour lui le coup de stress est passé…

   Dimanche, si les conditions restent bonnes ils devraient franchir la moitié de la distance qui les sépare de Cambridge. Mathieu s’imposera alors une vraie nuit  avant d’attaquer la dernière ligne droite ,avec peut-être un arrêt dans le village de Gjoa Haven. 

JJ Ollier le 28 aout 2010

Danse avec les ours

        

                 Danse avec les ours

Mathieu avance efficacement vers le but de sa deuxième étape : Cambridge Bay. Après ces 11 jours passés à Résolute, il s’impose de longues sessions de rames mais n’oublie pas cependant le confort de Tico. Pour que l’Alaskan Husky, habitué des grands espaces nordiques de son pays d’origine où de ceux de son Belledonne d’adoption, puisse se dégourdir les pates, il s’arrête fréquemment sur les bords du Peel Sound facilement accessibles mais habités par la faune locale, pas toujours prête à partager son territoire.

           Hier au court d’un accostage, dans une petite anse, derrière un rocher, la rencontre avec un ours polaire (le premier pour Tico et le quatrième pour Mathieu) a gâché  le plaisir du chien,  parti dans une petite ballade. Son atavisme de loup a refait surface immédiatement, il s’est tout de suite interposé entre le féroce  animal et son maitre, prêt à combattre au péril de sa vie pour protéger celle de Mathieu.

IMGP0561 Danse avec les ours

 

 Un combat aussi bref que violent…

    

  Euh.., et bien..,en fait …cela ne sait pas tout à fait passé comme cela. A la vue de l’ours, Tico est revenu, à brides abattues, se blottir contre Mathieu sur le bateau.

IMGP0655 Danse avec les ours

 

 Un demi heure plus tard il en tremblait encore. 

 L’ours certainement tout aussi surpris est parti dans l’ autre direction. Les deux marins ont repris la mer. Chacun chez soi. Nous voila rassurés. Tico est bien gardé…

  Une autre rencontre plus paisible mais tout aussi spectaculaire a enchanté Mathieu, une baleine beluga est passée, intriguée, prés de l’embarcation, disparaissant  rapidement dans les profondeurs. Tico n’a pas réagi… Mathieu a traversé le détroit où il navigue, les côtes Ouest du Peel Sound étant moins « habitées »  , il continue son « cabot »age.

JJ Ollier le 27 aout 2010

Holidays on ice

  

Premier appel téléphonique de Mathieu hier soir. Le moral est excellent, quand à la forme physique, il suffit d’observer sa balise pour voir que les « vacances » à Résolute les Plages sont bien finies. Randy l’a accompagné avec son bateau jusqu’à l’entrée du Peel Sound où ils ont bivouaqué. Mathieu a pu dormir tranquillement pendant que Randy surveillait  le gros ours mâle installé sur un îlot tout proche…  

Le bateau est lourd: la nourriture de Tico (25kg de croquettes), Tico lui même, les repas du rameur embarqués lors de son escale, augmentent l’éffort pour le faire avancer. Mais il s’oblige à s’alimenter régulièrement, il le faut,  il compte ramer jusqu’à 18 heures par jour(moi qui pensais exagérer en vous parlant de 15 heures hier…), le canot devrait s’alléger rapidement.  

  Les conditions météo sont enfin bonnes, courant et vent deviennent favorables. Quand il fait ses courtes siestes Mathieu ne se « tanque » pas sur les berges, pas d »ancre flottante non plus, il se laisse dériver. Cela le contraint donc à des repos d’ 1heure et 1/2 au plus pour voir son avancée et  s’il n’y a pas d’obstacle devant lui. Il ne craint pas les chocs avec les glaces flottantes qui se produiraient à faible vitesse (2 nœuds environ). Il fait deux haltes par jours sur les côtes (faciles d’accés) pour le confort de Tico qui s’adapte à la vie à bord. Il y a eu juste une petite bagarre pour savoir à qui reviendrait le matelas, pas de soucis,  Mathieu reste le commandant à bord avec les privilèges qui vont avec. 

IMGP06611 Holidays on ice 

Pas de brouille entre marins!   

IMGP06331 Holidays on ice

L’entente à bord est exellente.   

 

 IMGP0673 Holidays on ice

JJ Ollier le 25 aout 2010 

Germain est resté plusieurs jours avec Mathieu à Résolute, petit coup d’oeil dans le rétroviseur. Le  coéquipier du skipper nous explique  le pourquoi de ces vacances forcées.

 

 

« Mathieu est reparti hier (avant hier) de Resolute Bay, après 13 jours d’attente !

 

IMGP06011 Holidays on ice

 

 

Pourquoi son escale s’est-elle éternisée autant ?
 
S’il y a bien une lecon que j’ai retenue en me rendant sur place, c’est que là-bas la glace et le vent sont totalement imprévisibles !
 
Déjà, lundi 9 août, lorsque Mathieu etait en approche de Resolute Bay, la glace nous avait prévenu : alors que nous n’étions plus qu’à 200 mètres de Mathieu, après avoir slalomé entre les packs de glace pour aller à sa rencontre, elle nous avait barré la route et empêché de le rejoindre. Contournement de la plaque de glace, rien n’y fait. Mathieu, à la radio, commence à desespérer en s’imaginant dormir à bord une fois de plus, si près du but.
La règle d’or avec elle : être patient. En effet, une heure plus tard, cette masse en mouvement constant libéra un passage, permettant aux deux bateaux, ainsi qu’à Tico et son maître, de se rejoindre. Quel soulagement !
 
Les quatre-cinq premiers jours furent consacrés à la remise en état du bateau et du skipper : dodo et repas copieux pour ce dernier, sortie de l’eau, nettoyage et réparations pour l’autre.
 
Très vite, devant le peu de distractions que présentait cette escale, le besoin de reprendre la mer s’est vite refait sentir.
 
C’est là que la mère nature a commencé à jouer avec nous et surtout avec le moral de Mathieu.

 

 

 IMGP0651 Holidays on ice

 

 
Alors que la baie de Resolute avait été relativement dégagée jusqu’à présent, il n’a suffit que d’une nuit pour que l’horizon entier se couvre d’un liseré blanc.
 
Inspection aux jumelles depuis la terrasse de l’hotel, retournement dans tous les sens de la carte des glaces (amenée spécialement pour Mathieu par l’hélicoptère du navire des garde-côtes), tour en bateau avec Randy pour voir sur place s’il n’y avait pas un passage … Il a bien fallu se rendre à l’évidence : on était bloqué !
 
Mon vol retour étant le mardi 17, le survol de la côte m’a confirmé cette évidence.
 
C’est à Resolute bay, et non pas en mer, que Mathieu nous a avoué avoir le plus souffert de la solitude. Tous les jours, il se rendait avec Tico au sommet de la colline toute proche pour observer la baie.
 
Ce n’est que vers la fin de semaine dernière que la bande de glace a commencé à se disloquer progressivement.
 
C’était sans compter sur le vent, qui a choisi ce moment précis pour commencer à faire des siennes. Allant jusqu’à 30 noeuds et plus, celui qui a d’abord aidé Mathieu en chassant les glaces de sa route l’a ensuite forcé à rester à terre.
 
Hier seulement, lundi 23, les cieux ont accordé une trève à notre rameur préféré. Il est reparti vers le sud, enfin.
 
La situation est idéale pour ces prochains jours. Espérons que cela lui permette de vivre sereinement un autre type d’aventure, moins sportif (cela reste relatif…) mais plus tourné vers la complicité d’un homme et de son compagnon, Tico ! »

IMGP0653 Holidays on ice

 Germain Kerleveo le 24 aout 2010

 

 

 

« C’est l’homme qui(re)prend la mer, ta ta tin »

  

                   Comme vous avez pu le remarquer, la balise de Mathieu vient de faire un sacré bon vers le Sud, aucun doute le rameur a repris sa route. 

 

® photo Bruno MAZODIER 3038 Cest lhomme qui(re)prend la mer, ta ta tin

 

Pas de nouvelle depuis son départ, un long trajet déjà effectué, ( les conditions doivent être bonnes, enfin),tout va bien , il a du déjà oublier les bonnes intentions qu’il avait prises et ramer ces 15 heures quotidiennes. Tico devait avoir les oreilles dans le vent. Fini de déguster des sorbets sur la plage…abandonnée (pardon!) .

TICO prend une glace à la plage Cest lhomme qui(re)prend la mer, ta ta tin

Avant de se replonger dans le Passage il nous a envoyé un long mail profitant de ses derniers moments au calme à Résolute. L’article relatant la triste histoire des « malgré nous » Inuits avait déjà était mis en ligne. Est-ce une étrange coïncidence, le gouvernement canadien lit-il avec attention notre site? A vous de juger, je pencherais cependant vers la première hypothèse.  Etonnant tout de même…  

«  Chers tous,  

         Le vent est tombé, je pars ce matin. J’attends Randy qui doit me descendre au bateau avec mes affaires. J’essaierai ensuite de me faufiler entre les glaces qui encombrent la baie. Randy ira mettre son bateau à l’eau, derrière la baie là ou il y a moins de glaces. Je viens de rencontrer les deux attachés de presse du premier ministre canadien. (Ils connaissent le premier ministre français et son chef..!). Celui-ci doit venir ici demain pour assister aux opérations militaires qui se déroulent ici en ce moment avec des Canadiens, des Danois (Groenland) et des Américains. Le PNO est vraiment stratégique pour le Canada, il ne se passe pas un jour sans que l’on en parle à la télévision. Ce coin renferme des richesses bien tentantes (gaz, pétrole, minerais, etc..) non encore exploitées aujourd’hui.  

        Les deux attachés de presse m’ont proposé d’organiser une rencontre avec le …premier ministre qui doit passer une nuit à bord du Henry Larsen!!! Ils avaient entendu parler de notre expédition. Les gardes côtes m’ont averti que les brises glaces ne naviguaient pas entre Resolute et Cambride Bay (là où est stationné un autre brise-glaces) mais qu’ils interviendraient tout de même en cas de problème. Ils m’ont demandé d’avoir maintenant un contact quotidien avec eux, de véritables anges gardiens pour moi … La seconde raison de la venue du premier ministre est de présenter les excuses du gouvernement canadien aux communautés Inuits de Resolute et de Grise Fjord. 

   « En 1996, le gouvernement a dédommagé les déportés, mais on sait ce que c’est. Jamais il ne s’est excusé. »  (passage repris dans l’article précédent) 

         En 1953, pour occuper le terrain, éloigner les américains qui étaient sur place, et montrer que le territoire était canadien, le gouvernement de l’époque a déporté des Inuits du Nord Québec (9 familles) en leurs promettant une région de chasse extraordinaire. Ils ont été en réalité abandonnés pendant des années, et se sont retrouvés avec leur tente à manger les déchets des américains! Cette période a vraiment été terrible pour eux.  

         Les gens d’ici s’en souviennent très bien. C’est la principale raison pour expliquer l’aversion des Inuits pour les blancs (ça, et la traite des femmes Inuits pour les bordels des trappeurs!). La mère de Randy (décédée dans un accident de skidoo à Resolute l’an passé) a connu cette époque. Ces excuses officielles sont vraiment importantes pour eux. Le gouvernement canadien doit avoir maintenant l’accord des communautés Inuits pour commencer l’exploitation des gisements. Les excuses ont l’air très diplomatiques…

  On attend avec impatience des nouvelles de la deuxième étape, que l’on vous donnera sans tarder.

 

 

« Les corbeaux de métal »

 Mathieu va quitter aujourd’hui cet endroit oublié des dieux, ce qu’il y a découvert ne sont que les effets du manque d’humanité de certains hommes avec un petit   « h » . Les causes , les responsables sont peut-être là  dans ces mots , durs, noirs même, mais très beaux. (texte provenant du net)

  Les chiens sont morts, que les hommes soient les animaux. Ils s’habillent déjà en peaux.

« Ils sont arrivés sur des corbeaux de métal. Les mêmes hommes blancs avec leur cœur en pierre à savon pour laver plus blanc que blanc. Les mêmes hommes qui avaient tué les chiens, qui plantent des bases militaires et qui vendent les skidoos.

Skidoo occasions1 Les corbeaux de métal

 

 Les mêmes hommes qui avaient mis des médailles au cou des Inuits avec un numéro. Des médailles de métal. Ils sont arrivés, ils ont parlé d’un coin plus loin que l’infini, plus loin que le paradis. L’extrême Arctique Canadien. Ils y avaient planté un drapeau sur ce coin de pays. Le leur. Et pour garder ce coin plus loin que loin, pour garder ce drapeau, pour garder des droits sur ce continent face à l’international qui allait se le diviser, ils avaient besoin de gens là-bas. Il fallait que quelqu’un aille y habiter. Ils ont pris des gens d’Inukjuak. Pourquoi pas. Inukjuak, ça veut dire Géant, mais les Inuks se sentaient tellement petits qu’ils n’ont rien dit. Les hommes blancs plus blancs que blancs les ont lancés au bout de leurs bras jusqu’à Resolute Bay, jusqu’à Grise Fjord

Baie 35 knots E Les corbeaux de métal

. Là où la neige ne fond pas. Là où tout est plus blanc que blanc. Il y aura des animaux, c’est à peine s’ils n’ont pas dit qu’il ferait chaud. Nous étions en 1953. Les Inuits ont été déporté à 2000 kilomètres au nord du village d’Inukjuak, dans la région de l’Extrême Arctique. Ainsi le gouvernement gardait ses droits sur le cercle polaire.

Resolute Bay. Terre aride, vide, là où le vent est maître et où l’homme est petit comme un flocon. Ils les ont débarqués de leurs corbeaux de métal, les Inuits, les mêmes qui avaient médaille comme collier depuis qu’ils n’avaient plus de chiens. Une médaille avec un numéro pour numéroter les étoiles et les années à passer sur cette terre où personne n’a jamais vécu. Ils les ont débarqués sur ces cailloux où il ne fait pas chaud, où il n’y a pas de galet sur la grève, là où même les esprits des morts n’étaient jamais venu. Et ces hommes ont vécu là, sur ces côtes.

D├®chargement cargo Les corbeaux de métal

 

Là-bas, le soleil se couche en novembre pour ne se relever qu’en février. Là-bas, il fait froid.

Pendant 20 ans, personne n’est venu. On les a plantés comme des drapeaux et l’on a laissé le vent les battre. On les a laissés là, avec rien comme ami. Le grand rien, tel que seul le grand nord sait l’offrir. Rien. Juste le froid du métal au coup qui se glissait au cœur. Et la douleur qui glace les yeux. Qui donne envi de manger cru son ennemi. Qui définit l’ennemi. Ils ont 50 mots pour la neige et un nouveau pour la tristesse. Mais ils n’ont rien dit. Grise Fjord. Resolute Bay. La baie du dégoût. La baie qui repousse. La baie qui goûte la noirceur. Là où on apprend la peur.

En 1996, le gouvernement a dédommagé les déportés, mais on sait ce que c’est. Jamais il ne s’est excusé.

Eskimo, ça veut dire mangeur de viande cru, en Cree. Tout se mange du caribou, de la baleine, de l’oie des neiges. Mais le cœur des fonctionnaires est de pierre. Une mauvaise pierre à savon qu’on ne peut même pas graver, que l’on laisse dans le lichen. Ils sont froids. Ils ont envie de manger de la chair humaine, de la chair plus blanche que blanche. Cru. »

Mathieu a trouvé beaucoup d’amitié, d’humanité chez Randy et Daisy. Il est arrivé exténué,  pas  seulement par cette  fatigue physique qu’il cotoie depuis longtemps déjà , qu’il recherche, qui le fait avancer dans ses défis mais aussi  par une lassitude beaucoup plus intérieure, forte, profonde. Ils l’ont aidé à  l’oublier et resteront dans sa mémoire à jamais. Bonne route à eux. Mathieu reprend la sienne, nous avec.

Insomnia

Mathieu s’adapte à son environnement et à la « patience de l’inaction » (qui n’est pas ton sport favori…). Il nous en dit un peu plus sur sa vie (et ses nuits…) à Résolute. D’ici à ce qu’il se fasse adopter par Daisy et Randy, chose possible dans la société inuite, il y a encore un peu de marge….

« Chers tous,

         Aujourd’hui j’ai fait une grande ballade de 3h à pied avec TICO pour me dégourdir les jambes et m’aérer l’esprit.  La seule piste  autorisée (pour ceux qui n’ont pas d’armes), est la piste de l’aéroport, (5km en terre), je n’ai pas vraiment le choix. Le paysage est  lunaire, sans végétation, ni verdure, juste des cailloux.

Tico +á la plage1 Insomnia

 

         Les maisons n’ont pas de fondations et reposent sur des pilotis car le permafrost est à peine à 50 cm sous la surface. Il est  impossible de construire sur ce sol gelé. Autour des maisons sont abandonnées des carcasses de ski doo, de bateaux, des traineaux, des objets en tous genres. Il n’y a pas  vraiment  d’organisation architecturale, le village dégage cependant un certain charme . A l’entrée de la « ville », l’installation d’une déchèterie,  sur une plage où chacun va bruler ses ordures ménagères, donne une relative propreté au coin.

Prison de Resolute1 Insomnia

 La baie est prise à nouveau par les glaces, la situation n’évolue guère même si les prévisions sont plutôt optimistes pour le début de semaine. Le petit point noir sur l’eau libre, c’est mon bateau.

 

Sous bonne escorte2 Insomnia

 

 Il est maintenant sous bonne escorte, protégé par deux zodiacs de l’armée canadienne. Pas de soucis pour lui!

 

               Le cargo a du sortir de la baie car il ne pouvait plus décharger, les barges de débarquement n’étant pas « brise glaces ». Il n’y a bien sur pas de port,  tout le déchargement se fait par des allers-retours avec 2 barges transportées par le cargo.

Cargo 2 Baie Resolute Insomnia

            Plus grave pour les Inuits, le tanker arrivé cette nuit, ne peut remplir les cuves de Résolut. Or ici, sans pétrole, il n’y ni chauffage, ni’ électricité, toute l’énergie dépend de ce « plein » annuel. Il  ravitaille aussi les rares villages du nord et ne peut sans doute pas rester trop de temps ici et attendre que toute cette glace reparte grâce aux vents du Nord  ou d’Ouest.

            Sur le chemin du retour, la police montée s’arrête et propose de me prendre. Il véhicule un garde côte tout juste arrivé par avion. Celui ci me reconnait car il suit de près mon voyage sur le site. Il m’explique que cette année, la situation des glaces est vraiment exceptionnelle: sans doute à cause des effets du réchauffement climatique, la jeune glace a fondu plus rapidement,  permettant la mise en circulation de la vieille, qui circule mais ne fond pas vraiment.

Bientot plus deau libre Insomnia

         Il  est ici pour coordonner l’arrivée des 2 brises glaces: le « Henry Larsen » et le « Terry Fox »,  doivent rappliquer rapidement pour aider le cargo et le tanker.

 Ce peut être, pour moi une opportunité d’être éventuellement « escorté » pendant ma traversée pour rejoindre l’entrée du Peel Sound, distant de 40 milles seulement. J’irai lui faire une visite demain  à son hôtel.

        La vie sociale  me semble bien étrange à Résolute. Il n’y en a pratiquement aucune, hormis les activités de chasse et pêche, activités ancestrales. Les Inuits ne s’invitent jamais les uns chez les autres. Randy m’explique qu’ils n’ont encore jamais invité des amis, ou relations chez eux.

Après  un weekend chez eux, j’ai  l’impression qu’ils ennuient un peu : un tour en voiture au bout de la piste à l’Est  pour le coucher de soleil (hier soir dans la tempête), beaucoup de TV. Randy est allé  à son boulot avec son bateau pour faire la vidange. Peu d’activité donc.

 Beaucoup de siestes et de sommeil car ici, avec l’absence de nuit, le rythme circadien est totalement déréglé par l’absence de véritable obscurité à cette époque de l’année.

 Coucher soleil Prospect Pt 20 08 Insomnia

 

 Par exemple, les 2 enfants se sont levés à 16h et ont pris leur petit déjeuner vers 17h! Dans les rues, les voitures, les gens  passent 24h/24,  perturbant un peu mon sommeil, ma cabane n’étant  pas vraiment isolée comme vous l’avez constaté.  

Randy et Sheldon Cabine Insomnia

 

Randy et son fils Sheldon devant mon « palace ».

Randy qui rentrait du boulot,  va faire une petite sieste pendant que je prépare le repas. Le lendemain, il me dit  qu’il s’est réveillé vers 23h, qu’il a mangé, sorti faire un tour pour se coucher vers 4h du mat et être à son boulot à 8h! Il n’a pas bien compris que hier soir (vendredi soir) je m’étais couché vers 23h!

L’épicerie ouvre tous les matins à 10h30,  le samedi à …13h.

Voila, ma vie et mes nuits chez les Inuits.

Bises Ventées et glacées.

             Mathieu le 21 08 2010″

Ma cabane au Canada

 Le départ semble imminent (ce soir ou demain), Mathieu profite de ses derniers instants sans roulis, ni tangage pour vous donner ses impressions de Résolute et plus généralement de son aventure.

              » Bonjour à tous,

      je viens de quitter mon  hôtel plutôt miteux aux  gérants peu sympathiques (200 $ la nuit quand même)  pour m’installer chez Randy et Daisy, mes amis Inuits, je me sens déjà  beaucoup  mieux.

        De plus j’ai accès à internet avec un débit quasi normal, je  peux donc vous écrire.

Je dormirai avec TICO dans leur petite cabane en bois, montée sur un traineau.

Randy Cabine Ma cabane au Canada

 Ce traineau est utilisé au printemps par Randy, lorsqu’il par chasser. Il tire ce traineau avec son ski doo

          Au fil des jours, j’en apprends un peu plus sur la culture inuit moderne. Resolute, c’est  200 habitants au total, presque tous ont un travail (ce qui n’est pas le cas pour la majorité des villages inuits du Nunavut). L’aéroport et les constructions  fournissent la majorité du boulot. Malgré les 200 habitants, plusieurs avions se posent chaque jour, dont des 727… sur une piste en gravier.

        Les habitants du village  ne payent pas l’avion pour se rendre à Iquaulit (la capitale du Nunavut, état inuit) pour dentiste, médecin, etc. Il existe ici un fort développement économique lié à l’activité de l’aéroport.

         On ressent très bien que cette région est vraiment « stratégique » pour l’état Canadien en raison de nombreuses richesses non encore exploitées dans le sous sol: gaz et pétrole, mais aussi mines d’or et de diamant. Avec le réchauffement climatique (pas vraiment cette année…), il y a fort à parier que l’exploitation future est proche.  Un article dans le journal local d’hier informe que la Communauté inuit venait de faire interdire par un tribunal la poursuite des sondages réalisés dans le détroit de Lancaster, pour éviter de perturber les migrations des baleines en relation avec la puissance des sonars utilisés.500 militaires (US, Canada et Danois (Groenland) font en ce moment des exercices de … dépollution dans les environs de Resolute!

        De nombreuses activités sont liées aux militaires, aux personnels  de la NASA (qui travaillent sur le cratère (météorite) de l’île DEVON  pour préparer le voyage sur mars) et aux scientifiques.

        Le fait que chacun puisse travailler confère un certain équilibre à cette communauté.

Cependant, les deux policiers m’ont confié avoir du boulot par dessus la tête pour régler les nombreux problèmes sociaux: en premier ceux dus à l’alcoolisme (pourtant ici, l’alcool est « restricted », cela veut dire qu’il faut une autorisation pour pouvoir en acheter à un cout prohibitif (10$ pour 1 bière !) en raison du cout des transports par avion.

Beaucoup de violences conjugales aussi (la société inuit accorde tous les pouvoirs aux hommes…).

           Le soir, la majorité des inuit semblent avoir recours aux drogues « douces » quasi en vente libre ici, la police « fermant » les yeux, estimant que cela génère moins de violences qu’avec l’alcool. C’est vrai que malgré l’interdiction d’alcool dans tout le Nunavut, j’ai rencontré pas mal de gens « stoned » (saouls) le soir ou la journée !!!

Un très grand nombre d’accidents de la route  avec peu de voiture, et moins de 10 km de pistes en sont une des navrantes conséquences

On sent quand même une très grande solidarité au sein de la communauté avec en particulier la possibilité de faire adopter ses enfants très facilement: Daisy est tombée enceinte alors que sa fille avait un an. Elle a donc fait adopté son fils par sa mère et sa sœur qui habitent dans un autre village. Avant de rencontrer Randy, elle avait adoptée avec sa mère une petite fille dont la maman ne voulait plus…

Actuellement, Randy et Daisy qui ont 2 enfants, Mégane et Sheldon (garçon), s’occupent aussi de Joseph, 4 ans, abandonné pare sa maman

       La nouvelle carte des glaces est favorable et je devrai être parti dans 2 jours au plus.

Cargo Baie Resolute 18 8 2010 Ma cabane au Canada

( la baie commence à se dégager, on distingue le cargot annuel, très attendu par les autochtones, ancré à proximité)

Pour ne prendre aucun risque, j’ai demandé à Randy de m’accompagner un bout pour ce passage difficile encore bien englacé. Il y a 40 MN pour traverser jusqu’à Sommerset, cela veut dire 2 jours de rame .Je ne souhaite pas que TICO ait un départ un peu difficile, même s’il aura de nombreux « floes » à disposition pour faire de l’exercice très régulièrement  

 et  ses besoins.

C’est encore bien trop tôt pour faire le bilan de ce fantastique voyage. Des émotions partagées entre le coté très dur de cette aventure : le climat rude, les heures et les heures de rames, une nature très inhospitalière, et la chaleur humaine ressentie soit lors de mes brèves rencontres (brise glaces ou voilier irlandais), soit par l’intermédiaire de mon téléphone satellite avec mes proches et partenaires et vous tous bien sur.

Comme pendant ma transatlantique, l’année dernière, ce voyage est autant un voyage « intérieur » pour un développement personnel, que la découverte du haut arctique.

Curieux comme ce sentiment très fort de solitude, je le ressent  surtout à Resolute ,  beaucoup moins seul en mer.  On analysera tout ceci à mon retour…

           Je comprends maintenant qu’entre le retard pris au départ (6 jours à l’abri dans un fjord au Groenland) ou ici (8 jours à Resolute déjà), il me faudra sans doute plus de temps que prévu pour  faire le Passage du Nord Ouest dans sa totalité.  J’ai parcouru plus de 1600 km lors de ma 1ere étape pour 1000 km sur la carte, sur un total de 6500 km.

          Entre les contournements des zones de glaces, les détours pour aller m’abriter, et la nécessité de rester au plus proche des côtes pour des raisons de sécurité, je ne peux pas aller de cap en cap, en ligne directe comme prévu, et les distances à parcourir s’allongent. De plus, il devient difficile de laisser mon bateau en dérive la nuit, vu la concentration des glaces.

Bref, aller cette année jusqu’à Cambridge Bay (distante de 1500 km en ligne droite de Resolute) sera déjà un beau succès pour notre expédition. Je dois arriver avant fin septembre, début du long hiver arctique pendant lequel la glace reprendra très vite la possession des lieux.  Si l’été est décalé comme le pensent les Inuits, je pourrais avancer un peu plus tard (mi octobre) dans la saison et un peu plus loin dans le Passage. L’année prochaine, si la météo est plus favorable, je pense venir à bout de ce fantastiqueVoyage.

 TICO sera d’excellente compagnie et espérons que l’été arrive enfin.

Bon baisers de Resolute à vous tous.

Mathieu le 19 aout 2010 « 

Ensemble, c’est tous

Comme vous l’avez peut-être vu,  la balise de Mathieu est à nouveau active mais le bateau ne bouge toujours pas. La glace, entêtée, se refuse de quitter les abords de Résolute et le force encore à attendre. Germain est rentré aujourd’hui. 

Pack 2 Resolute Ensemble, cest tous 

« Bonjour à tous,
 
Aujourd’hui,
(hier donc) remise à l’eau du bateau de Mathieu, aidé par tout un bataillon de militaires qui sont en opération à Resolute.
 
Puis nous sommes allés vérifier par nous-mêmes si la carte des glaces disait vrai avec Randy et son super bateau en aluminium qui fonce à 25 nds.
 
Elle ne mentait pas : il y a bien une bande de glace compacte qui barre la route de Mathieu.
 

 Pack Resolute 67 Ko Ensemble, cest tous 

  
Du coup, celui-ci doit parfaire son apprentissage de la Patience … et attendre sagement à l’hôtel que les conditions soient meilleures pour rejoindre le Peel Sound.
 
Dernière soirée pour moi à Resolute, autour d’une soupe de caribou préparée par Daisy, la femme de Randy !
 
Demain Tico aura son maître pour lui tout seul !
 
A bientôt,
 
Germain le 17 aout 2010″
 

Mathieu se remémore la première partie de son expédition, la dureté, l’âpreté des conditions rencontrées mais aussi la beauté des icebergs, la présence nonchalante des phoques, celle plus inquiétante mais tellement majestueuse  des ours polaires. Tout cela restera bien sur, mais Mathieu en vrai faux solitaire a été encore plus marqué par tous les personnages rencontrés dans ce pays à la population éparse et rare.

Les enfants  de Qaanaq étonnés à la vue du bateau de Mathieu tellement différents de ceux qu’utilisent leur parents pour aller chasser et pêcher.

® photo Bruno MAZODIER 0166 Ensemble, cest tous

Un pêcheur, chasseur, justement,qui l’aide dans les derniers préparatifs avant le départ.

Bruno grace auquel les magnifiques paysages du grand Nord sont arrivés jusqu’à nous. Germain , indispensable, pour les ultimes détails.

31 Ensemble, cest tous

 Les marins du Henry Larsen et ceux du Terry Fox qui pour une soirée l’ont sorti de sa solitude.

RandyMathieu Ensemble, cest tous

Randy et Daisy, habitants de Resolute.

Imgp09241 Ensemble, cest tous

 

  Et puis vous tous qui lui avait envoyé par tous vos messages, chaleur et optimisme.(la photo date un peu …) 

Il vous en remercie une fois de plus.

Il languit la suite, nous aussi.

Stand by

Le bateau est prêt, le skipper est prêt, Tico est prêt mais la météo ne laisse pour l’instant aucun bon de sortie pour la suite du voyage. De la glace, visible depuis Résolute, obstrue  l’accés au Peel Sound, le détroit que vont emprunter Mathieu et son chien pour « descendre » plein Sud vers Cambridge Bay. Une représentation graphique envoyée par Germain donne une idée du bouchon.

15 aout Stand by

 Voici le mail de Mathieu envoyé à Christian:

« Bonjour Christian,

alors que tout était prêt et que la pointe SE de l’ile Griffith était 100% dégagée hier soir, ce matin, c’est une bande de vieille glace compacte qui semble descendu cette nuit de Wellington. Nous sommes allés en voiture avec Randy (notre ami inuit) pour vérifier à la jumelle: Contrairement aux cartes, la bande semble passer au N de l’île  Griffith et non au S.Pas possible ce matin et probablement aujourd’hui. On a RV chez Randy cette après midi pour faire le point. Il serait ok pour m’accompagner demain si les  glaces sont partiesLes glaces dérivent vers l’Ouest sous l’effet du courant. Ici, 15/20 nœuds de Nord ou NE et pluie cette nuit, ciel plus dégagé ce matin.

Je t’appelle cet après midi »

  En attendant le feu vert que lui donneront Christian de France ainsi que les informations de Peter depuis Cambridge Bay, Mathieu continue d’apporter des améliorations dans la logistique à bord. Il s’est lié d’amitié avec Daisy et Randy, un couple d’Inuits. Randy s’occupant du bateau pour le sortir de l’eau et le mettre à l’abri,

® photo Bruno MAZODIER 3417 Stand by

 Daisy s’occupe du moteur du bateau, c’est à dire des bras et des jambes de Mathieu. Elle lui a cuisiné des baliks, (7kg!)  sortes de grosses galettes de cinq centimètres d’épaisseur qui devraient le protéger du froid et de l’hypoglycémie. Il sait qu’il devra s’alimenter de façon plus régulière , ce qu’il n’a pas fait pendant la première partie de son éxpédition.

® photo Bruno MAZODIER 2856 Stand by

Voila à quoi ressemble la » cuisine » quand le temps est clément…(Bon appétit Mathieu)

 

® photo Bruno MAZODIER 32622 Stand by

ou pas! Bon appétit Tico.(cuisine qui ressemble beaucoup par ailleurs à la chambre à coucher, à la salle des cartes, à celles des instruments, à la salle de bains et au salon).

Comme convenu, Christian a rappelé Mathieu et lui confirme les infos recueillies sur place : voici son mail.

Bonjour,

Mathieu est bloqué à Resolute à cause d’une langue de glace très dense qui
ferme actuellement la route vers le Sud. Elle n’est pas large, mais l’image
Sat que nous avons eue ce soir montre bien qu’il n’y a pas de possibilité de
la traverser. En jaune, la route à faire. En blanc, on voit bien la langue
de glace en forme de T.

Croisons les doigts pour que cette zone de glace se disloque rapidement.

Bonne soirée

Christian Dumard

2010 08 16 glaces Stand by

A l’évidence il lui faut attendre. Cela lui pèse mais il n’a pas le choix,

® photo Bruno MAZODIER 1857 Stand by

 s’il ne veut pas se retrouver tout comme à l’entrée du détroit de Wellington à louvoyer de longues heures au milieu des glaces dérivantes.

 ® photo Bruno MAZODIER 3204 Stand by

Les mains du rameur se satisfont, elles, probablement de se nouveau report…

® photo Bruno MAZODIER 30581 Stand by

 

Nous gardons un oeil sur toi Mathieu, c’est sûr!

JJ Ollier le 17 08 2010

Résolute sur mer

 

Si la voie du PNO n’est pas encore libre, la voix de Mathieu était claire hier soir.

La forme revient mais le visage est encore très marqué par les épreuves subies ce premier mois de navigation. Une vraie gueule de marin, non?

® photo Bruno MAZODIER 3281 Résolute sur mer La météo semble s’améliorer , dimanche  il devrait pouvoir reprendre les pelles. ® photo Bruno MAZODIER 34531 Résolute sur mer

       Pour l’instant il « soigne » avec Germain les petits bobos de son bateau.

® photo Bruno MAZODIER 3337 Résolute sur mer

® photo Bruno MAZODIER 3362 Résolute sur mer

     Aprés l’avoir remis à l’eau avec l’aide des Inuits,

    ® photo Bruno MAZODIER 2690 Résolute sur mer

 Il peaufine  les manoeuvres  utilisant,  techniques  et  matériel des montagnards (broches tubulaires) pour l’ancrer sur la banquise.                    ® photo Bruno MAZODIER 2804 Résolute sur merCela  permettra à Tico de se dégourdir les pattes , le soir venu quand ils s’arrêteront pour le bivouac 

® photo Bruno MAZODIER 2780 Résolute sur mer

                             Un coup de palan est le tour est joué (enfin c’est facile à dire).

 ® photo Bruno MAZODIER 3254 Résolute sur mer

 Mathieu va devoir se serrer un peu, pour laisser de la place au « mousaillon » qui va l’accompagner jusqu’à Cambridge Bay,   prochaine étape de cette aventure que Jules Vernes n’aurait pas reniée

® photo Bruno MAZODIER 3016 Résolute sur mer

                                                                                                 L’entente à bord semble plutôt conviviale. 

® photo Bruno MAZODIER 01841 Résolute sur mer

    Le chemin est encore long, Mathieu va, c’est certain nous faire partager des émotions fortes. Le « bonhomme » comme les paysages sont vraiment hors du commun. 

 

JJ Ollier le 13 aout 2010

Résolute les Bains

Pour changer un peu, il pleut sur Résolute ce mercredi soir.  Pas de connection Internet possible et la liason Irridium est mauvaise. Mathieu a la voix lasse. On y ressent la fatigue, le manque de sommeil, accumulés au cours de la longue étape depuis Qaanaq. Par contre, la volonté est intacte, il s’est donné une semaine de repos avant de repartir mais les avirons le démangent déjà. La météo (heureusement ?) n’est toujours pas favorable. Il peut s’adapter au vent quelque soit sa direction grâce à son expérience maintenant forte en navigation côtière ou hauturière,  son bateau est aussi  idéalement conçu pour cela. Mathieu sait aussi louvoyer au milieu des glaçons dérivants,

┬® photo Bruno MAZODIER 18571 Résolute les Bains

même si cela allonge considérablement sa route (1 500 km parcourus depuis le Groenland au lieu des 1 000 prévus). Le mélange des deux, vent plus glace, est bien trop difficile à négocier. Il lui faut patienter. Le Passage n’est pas libre.

┬® photo Bruno MAZODIER 1546 Résolute les Bains

Les contacts avec la population ne sont pas faciles même si à  son arrivée , bien entendu, la curiosité l’a emporté sur la retenue des Inuits vis-à-vis des étrangers.

┬® photo Bruno MAZODIER 2382 Résolute les Bains

Germain a sorti la caisse à outils. Le bateau bien que malmené pendant trente jours de mer est en parfait état. Quelques « pansements » par ci par là et il sera prêt à appareiller pour la suite.

Tico, même s’il ne sait évidemment pas ce qu’il l’attend, va vraiment jouer un rôle dans la suite de l’aventure. Sa présence à bord permettra à  Mathieu d’encaisser les coups de blues, les moments de doute. L’animal sera, c’est sûr, à l’écoute des longs monologues de son maître.

┬® photo Bruno MAZODIER 2317 Résolute les Bains

et puis les ours, Tico: « même pas peur »

┬® photo Bruno MAZODIER 1637 Résolute les Bains

JJ Ollier, le 12 aout 2010

Resolute les flots bleus

« Ca c’est fait ! », doit penser Mathieu en arrivant à Résolute.

┬® photo Bruno MAZODIER 1885 Resolute les flots bleus

Les dernières heures lui ont encore réservé quelques surprises avec des vents de 70 km/h le bloquant à une vingtaine de minutes de la « ville », le contraigant à une nuit supplémentaire dans son bateau.

┬® photo Bruno MAZODIER 17931 Resolute les flots bleus

Il est maintenant sur la terre ferme et a manifestement besoin de repos et de « faire du lard »,

┬® photo Bruno MAZODIER 2418 Resolute les flots bleus

avant de repartir pour la suite. Il a rejoint Germain, Bruno et Tico, tous ravis de le retrouver, lui témoignant affection chacun à sa manière.

┬® photo Bruno MAZODIER 2404 Resolute les flots bleus

Le périple sera encore long mais bien qu’il ne faille pas…

┬® photo Bruno MAZODIER 1684 Resolute les flots bleus

nous ne doutons pas  que Mathieu réussisse son défi hors norme . Ce qu’il a déjà accompli est de toute façon un bel exploit.

JJ Ollier, le 11 août 2010

Voici le message de Bruno arrivé ce jour.

Bonjour à tous,
Voici les photos de l’arrivée de Mathieu à Resolute Bay. Pas le temps de vous écrire les commentaires tout de suite car on a à faire, mais sachez qu’il va bien, même s’il a pas mal maigri ! Le petit dej de ce matin a été copieux et les repas des prochains jours le seront aussi ! Plus d’infos sur son arrivée bientôt !
Amitiés
Bruno

Bloqué près du cap Dungeness

Mathieu a traversé le détroit de Wellington, mais est actuellement bloqué par la glace près du cap Dungeness, à 20 mn de Resolute.

Il n’est pas en danger, mais pas gand chose à faire à part attendre que le vent baisse !

Temps pluvieux, mais moral OK !

message transmis par Germain, le 9 août 2010, 15h40

Tico, d’avion en avion

Tico photo Bruno Mazodier 500x333 Tico, davion en avionTico photo Bruno mazodier 2 333x500 Tico, davion en avionQuelques nouvelles du voyage vers Resolute en compagnie de Tico, et quelques photos. Nous avons passé les derniers jours dans les avions : jeudi Paris-Montréal, vendredi Montréal-Iqaluit avec une escale à Kuujjuaq, et aujourd’hui samedi, un plan de vol modifié en raison du mauvais temps sur Resolute… Le pilote a jugé trop risqué de se poser, et a donc fait demi-tour pour atterrir à Pond Inlet, c’est-à-dire à l’entrée du canal de Lancaster, village situé  au Sud sur l’ile de Baffin. Nouvelle tentative d’atteindre Resolute Bay prévue demain matin dimanche. Qui de Mathieu ou de nous arrivera le premier là-bas ? La course est engagée !

Bien amicalement,

Bruno

Tico photo Bruno Mazodier 3 500x333 Tico, davion en avionTico photo Bruno Mazodier 4 500x333 Tico, davion en avionPS : Tico est toujours aussi sympa et facile à vivre ! Il ne rechigne jamais à rentrer dans sa caisse avant la mise en soute, et pourtant ça ne doit pas être très marrant pour lui…

Mathieu comme prévu est toujours sur la petite île de Beechey, pleine d’histoire.

mail11

 -4°c, pluie, il attend que la météo s’améliore et s’occupe en filmant, en photographiant ces lieux au passé chargé d’émotion. Quand il se retourne, il aperçoit à quelques centaines de mètres au large, un navire. Retour précipité vers le sien (de navire), tous les instruments sont éteints, il croit donc  que cette  rencontre, comme la précédente avec le Henry Larsen,  est fortuite, puisqu’il n’est pas localisable.

math21 500x332                                                                        photo reçue ce jour

Vite, la VHF est branchée et après quelques échanges, un zodiac  s’approche avec des hommes d’équipage. Ils lui demandent comment il va et comment va le chien….  En fait, ils savent par l’intermédiaire de leurs collègues de l’autre unité, qu’un aventurier un peu bizarre « se promène » dans le secteur et l’ont localisé … grâce à notre site (d’où la question sur Tico), où sa position est toujours indiquée en « live ».

Mathieu a passé une nuit infernale, après que la marée ait remis son canot à la mer. Il a très peu dormi, brassé, son bateau frottant sur les cailloux. Avec les hommes du Terry Fox, le deuxième brise-glaces croisant dans le secteur, ils vont, après être retournés sur leur navire chercher des planches pour faire glisser le bateau de Mathieu, remonter le bateau beaucoup plus haut sur la grève où il ne risquera pas de retourner à l’eau. Quatre paires de bras supplémentaires n’étant pas de trop pour effectuer  cette pénible manœuvre.

 Le Henry Larsen,

mat2 500x332

tout comme le Terry Fox, anges gardiens de cette partie du PNO, n’ont pour l’instant qu’un seul bateau à surveiller dans le secteur : celui de Mathieu. Personne en effet cette année, à la météo détestable, ne s’est encore aventuré dans le mythique détroit. Le détour du second est donc tout sauf un hasard, Mathieu bien qu’ayant un gros obstacle devant lui, avec le détroit de Wellington à traverser avant d’atteindre Résolute, se sent protégé par ses deux « grands frères ». Il est confiant et si un incident important l’obligeait à se mettre en mode survie au milieu des glaces et à attendre des secours, il sait qu’ils seront là rapidement. Il en est soulagé, nous aussi.

La VHF « s’éveille », Mathieu interrompt un instant notre conversation, puis m’annonce que malgré les problèmes pour faire monter un étranger sur le brise glace canadien, le capitaine et son équipage seraient ravis de l’avoir pour dîner ce Samedi 8 Aout, trentième jour de voyage . Il accepte avec grand plaisir l’invitation.

Santé Mathieu

JJ Ollier le 8 Aout 2010

Tico rejoint Mathieu

Tico rejoint mathieu. Nous sommes arrivés à Iqualuit après deux avions successifs. Tico a été admis sans problème sur le territoire canadien.

Il se comporte merveilleusement bien : il dort avec nous dans les hôtels, ne rechigne pas à grimper dans sa cage même après 7 heures de vol, fait ses besoins quand on lui demande, etc.

Nous sommes chargés comme des baudets : un chariot pour Tico et sa cage, l’autre pour les bagages (matériel pour Mathieu et son bateau, matos photo, affaires chaudes !)

Nous trimballons d’ailleurs au fond d’un sac 3 ou 4 fusées de détresse, malgré les panneaux interdisants tous les expolsifs à bord…

Pour la petite histoire, Tico a bien failli louper son premier avion : je déjeunais samedi midi chez ma belle-mère, qui habite une ferme à quarante minute de l’aéroport, et qui m’a gentiment conduit là-bas avec toute ma caravane ! Derniers instants de liberté pour Tico dans la verdure… quand un mouton inconscient passe par-là !

Je vous laisse imaginer la suite : les chiens ont une fâcheuse tendance à retrouver leur instinct de chasseur, mais surtout à devenir complètements sourds !

Finalement Monsieur s’est décidé en rentrer au bout d’un quart d’heure… OUF !

Germain Kerleveo, le 6 août 2010

Mathieu dans l’Histoire du PNO

Après les derniers jours très difficiles pour Mathieu, les événements sont devenus plus favorables. Le moral est bon, il s’est alimenté correctement et à beaucoup dormi malgré les  blocs de glace qui venaient régulièrement « caresser » son bateau. Il s’approche de Résolute avec détermination mais  patience,  philosophie même. Le détroit de Wellington est le dernier obstacle avant de retrouver Germain, Bruno et son « fidèle compagnon ». La météo reste cependant encore bien «  taquine », le vent de Nord Ouest a fait descendre des plaques de glaces. La tempête de Sud annoncée pour les deux prochains jours va faire remonter la banquise, obstruant le détroit. Christian ainsi que Peter, un canadien résidant à Cambridge Bay et qui assiste  les navigateurs dans le PNO lui ont  donc conseillé  d’attendre des conditions meilleures. En effet le chanel tout proche est obstrué aux 5/10 par les glaces.

Aujourd’hui, Mathieu s’est mis à la cale sur l’île de Beechey, chargée d’histoire comme de nombreux vestiges en témoignent : carcasses de bateaux, tonneaux, bouts de ferrailles ainsi que trois  stèles érigées à la mémoire de trois membres d »équipage de la célèbre expédition de J.Franklin. C’est là en effet que l’explorateur à passé son premier hiver, lors de sa tentative de la traversée du PNO, le deuxième plus au Sud lui étant fatal ainsi qu’à tout son équipage.

A l’aide de son palan (fixé sur une stèle…)  Mathieu, après de nombreuses heures d’effort à échoué son canot, une fois vidé de sa « cargaison », 30 centimètres par 30 centimètres. Cela lui a permis de se réchauffer (-4°c) mais aussi de  « gagner » un bon mal de dos. Le bivouac est confortable, à l’abri du vent, au sec, conforatble. Le cadre est magnifique, sans aucune végétation cependant, peuplé par des phoques, des morses et de nombreux oiseaux. Mathieu a observé aussi des baleines, spectacle toujours aussi fascinant.

Lundi un vent d’Est est annoncé ; Mathieu va pouvoir reprendre la « route » pour les derniers cinquante miles le séparant de Résolute.

« JJ Ollier le 6 août 2010 »

Pour tous ceux qui s’inquiètent de Tico, voici quelques nouvelles envoyées par Germain qui doit être arrivé à Résolut.

« Bonjour à tous,
Des nouvelles de notre périple vers le Nord ! Tout s’est bien passé pour l’instant :
 Nous sommes arrivés à Iqualuit après deux avions successifs. Tico a été admis sans problème sur le territoire canadien.

 Il se comporte merveilleusement bien : il dort avec nous dans les hôtels, ne rechigne pas à grimper dans sa cage même après 7h de vol, fais ses besoins quand on lui demande, etc…
Nous sommes chargés comme des baudets: un chariot pour Tico et sa cage, l’autre pour les bagages (matériel pour Mathieu et son bateau, matos photo, affaires chaudes !).
 Nous trimballons d’ailleurs au fond d’un sac 3 ou 4 fusées de détresse, malgré les panneaux interdisant tous les explosifs à bord…
 
Pour la petite histoire, Tico a bien failli louper son premier avion :
 Je déjeunais samedi midi chez ma belle-mère, qui habite une ferme à quarante minutes de l’aéroport, et qui m’a gentiment conduit là-bas avec toute ma caravane.
 Derniers instants de liberté pour Tico dans la verdure… quand un mouton inconscient passe par-là !

 

 

Tico plage3 Mathieu  dans l’Histoire du PNO
 
Je vous laisse imaginer la suite : les chiens ont une fâcheuse tendance à retrouver leur instinct de chasseur, mais surtout à devenir complètements sourds . Finalement Monsieur s’est décidé en rentrer au bout d’un quart d’heure… OUF !

 A bientôt,
 Germain »

Chaud effroi

Ca sonne, coup d’œil au portable, je lâche une main de mon guidon de vélo pour voir affiché : Mathieu PNO, ce n’est pas son heure habituelle entre 22h et 23h, et réponds donc avec un peu d’inquiétude.

- Jean Jacques, c’est Mathieu, ça va ???

L’année dernière il me faisait déjà le coup, lui brassé par les vagues du Pacifique Sud, moi sur un fauteuil, dans mon lit (décalage horaire oblige) ou au pire au boulot. Une différence avec l’an passé: c’est pire comme vous allez voir.

-  Oui, oui, à toi

-  Maintenant ça va, mais je viens d’être bien secoué par un coup de vent de 60km/heure totalement imprévisible et  me suis fait quelques belles sueurs « glacées ». Je suis tombé deux fois à l’eau, le bateau a été balancé sur des bouts de banquise dont il m’a fallu le faire redescendre  ce qui est toujours un grand plaisir! Il  était incontrôlable  dans cette mer très hachée et j’ai été drossé dans la crique que j’essayais d’atteindre, mais sans mal ni pour lui, ni pour moi. Des heures bien longues et tendues. Enfin ça ce calme aujourd’hui mais je reste à l’abri pour l’instant, attendant le feu vert de Christian.

Sinon hier il pleuvait, aujourd’hui il neige et le vent d’Ouest souffle. Un peu la scoumoune quand même. L’année dernière P.Poupon et sa famille avait grand beau. Je n’ai plus de batterie, donc pas de chauffage, pas moyen de lire les instruments mais l’Iridium fonctionne. Je peux donc joindre Germain et Christian, l’essentiel donc. Je languis d’être à Resolute pour récupérer Tico (qui ne se trouve donc toujours pas à bord, réponse aux personnes qui demandent de ses nouvelles). Je devrais peut-être y rester plus longtemps que prévu pour attendre que le passage se libère de la glace qu’elle encombre encore en grande partie. Ce retard me permettra de me reposer, je pense que j’en ai grand besoin.

Là, je suis au sec, en sécurité, et attends qu’une nouvelle fenêtre météo s’ouvre. Encore 80 miles avant Resolute, que je devrais atteindre en fin de semaine. Voila, je te rappelle pour donner des nouvelles ou en cas de coup dur (rires). Tu fais la bise à tout les gens qui me suivent.

-  Salut Mathieu, à bientôt.

Cinq minutes plus tard, sous la douche, le téléphone sonne à nouveau, hésite à répondre, jette un œil sur le cadran : Mathieu PNO. Je décroche (oui c’est un portable je sais mais suis old school) et une voix  sans ton  me dit : 

-  6251 !

-    ?????????????????? comment ???????????

-    6251 , c’est mon numéro de carte bleue !!

Je m’inquiète, ne comprenant pas, ayant peur de je ne sais quoi en fait.

-  Mathieu, ca va ???

-  Jean-Jacques ? Désolé, je croyais appeler Germain. (rires)

-   (rires) Salut

-    Salut.

 Ouf, je raccroche (cf plus haut), et viens vous raconter tout ça. Au fait je vous fais la bise de la part de Mathieu.

« Jean Jacques Ollier le 4 août 2010  »

Ramator le retour

Mathieu est donc à bord du Henry Larsen d’Ottawa

DFO DPR 06 07 F 131

où on lui propose tout de suite à manger. Il comprendra plus tard sous la douche pourquoi cet empressement de l’équipage. Il ressemble  plus à son copain Patrick Hoyau qui à gagné juste devant lui la Bouvet Rame Guyane, l’année dernière, complètement émacié et asséché après quarante jours de course, qu’au Mathieu Bonnier de la même année qui avait su parfaitement gérer sa diététique.

En homme bien éduqué il demande, tout d’abord, à rencontrer le capitaine du bateau pour le remercier de  son hospitalité. Il apprécie, ensuite, à leur juste saveur les fruits et légumes frais après déjà plus de deux semaines de menus de marins (ceux-ci étant concoctés pourtant  avec professionnalisme pour un maximum d’efficacité calorique et gustative par Mathieu Lainé le diététicien de l’équipe). Pour tous ceux qui connaissent Mathieu, inutile de vous parler du plaisir qu’il ressent en buvant deux bières avec son festin.

La salle des ordinateurs, gigantesque, pour les prévisions météo et la présence des glaces est mise à sa disposition. Mathieu rassasié et propre s’apprête à rejoindre son canot ravi de cette rencontre aussi inattendue qu’émouvante (l’année dernière il avait la larme à l’œil pour une rencontre avec un oiseau ou un dauphin, vous pouvez imaginer là…) quand le capitaine ignorant les méandres de la loi canadienne  interdisant la présence à bord d’étranger, lui propose de passer la nuit à bord. Mathieu accepte avec plaisir l’hospitalité après avoir remis au second son arme et son passeport. Le brise glaces va mouiller dans un fjord magnifique la nuit où Mathieu peut recharger un peu plus ses « batteries » après une vraie nuit de sommeil. Le problème du petit bateau scotché contre les flancs du gros est vite résolu : dix hommes d’équipage avec Mathieu à bord, mettent un énorme hors bord à la mer (pendu au bout d’un filin à 25m de haut !) tracté par le gros et qui tracte le petit. .

Le repas pris avec le capitaine et son second (ravi de ramer sur le bateau de Mathieu pendant une demi-heure dans le fjord) est un moment convivial entre des marins à l’approche très différente de leur élément commun, la mer. Il profite  de cette soirée pour faire sécher ses affaires (il dormait dans un duvet bien humide depuis plusieurs jours), faire de la lessive. Il est clair qu’il sent moins le phoque ce qui intéressera donc moins les ours. Nous voila rassurés pour quelques jours.

Samedi matin, Mathieu reprend les rames, avec joie, ravi de repartir pour son défi, chargé de quinze kilos supplémentaires de denrées fraîches, cadeau de l’équipage. D’après le capitaine, il est le premier dans le passage cette année et risque donc de ne plus rencontrer grand monde jusqu’à Resolute qu’il  devrait atteindre dimanche prochain.. Seul présence dans le secteur, de nombreuses colonies de morses qu’il vaut mieux éviter, l’animal étant plutôt acariâtre si l’on empiète son territoire.

Mathieu a un très bon moral, physiquement juste quelques gelures superficielles aux mains et aux pieds (Germain doit lui amener à Resolute ses bottes utilisées en Alaska), quelques kilos perdus qu’il va s’imposer de reprendre par une diététique plus adaptée à son effort.

Les affaires reprennent, un fort de coup de vent d’Est est prévu dans les jours à venir et Mathieu va donc s’éloigner des côtes pour en profiter même s’il risque bien sur d’être à nouveau secoué, cela ne le gène pas, qu’on se le dise :  « Ramator is back » (à glaces bien sur). Si vous le croisez, évitez de lui serrer la main, faites lui plutôt la bise…

Mains rameur

« JJ Ollier le 2 août 2010 « 

Le vaisseau fantôme

Le vaisseau fantôme

La journée de vendredi a été pour Mathieu particulièrement riche en événements divers, elle restera parmi les souvenirs marquants de son long voyage bien qu’il ne soit qu’au début du PNO. La traversée de la mer de Baffin est déjà une superbe victoire pour Mathieu.

La victoire Le vaisseau fantôme

Tout avait commencé de façon plutôt habituelle pourtant c’est à dire par le lot d’em… quotidiens que subit Mathieu depuis son départ. Après s’être amarré sur des blocs de banquise avant d’aller se reposer un peu, à quatre reprises, le changement du flot de la marée lui envoie des blocs contre son bateau et pieds nus (Germain faut-il prévoir une paire de charentaises pour Resolute ???), il est obligé de sortir sur la glace pour déplacer ses amarrages. Après donc une nuit calme et réparatrice dans son hôtel cinq étoiles (des neiges bien sûr…)

Hotel 1 Le vaisseau fantôme

et  ayant  répondu  à RTL et Europe 1 suite au papier de l’AFP, le voici reparti dans un brouillard à couper à la pelle (visibilité inferieure à 100 m), un vent contre (tout bien comme d’habitude) pour une nouvelle journée de galérien. Perdu dans ses pensées, au milieu de cette ambiance totalement glauque, il se remémore  la journée précédente où il a dû naviguer dans une mer prise au 7/10 par les glaces, Germain lui donnant ses nouvelles positions par téléphone, les batteries de Mathieu étant en effet épuisées après plusieurs jours de temps bouché.

Un mirage sonore venu de nulle part le fait sursauter, le deuxième mugissement caractéristique d’une corne de brume  lui assure qu’il n’a pas perdu la raison. Il y a un bateau dans le secteur ! Gros coup  de stress, branle-bas de combat Mathieu se prépare à un abordage aussi violent que rapide (pardon je m’emballe…). Il reprend ses esprits, prépare une fusée, branche la VHF (fermée pour cause d’économie) et lance un appel. Le navire lui répond et lui demande de décrire son embarcation. Il répond , le navire lui redemande de décrire son embarcation croyant avoir mal compris les dimensions du « paquebot » de Mathieu. La discussion s’engage entre le brise glaces des gardes côtes Canadiens venant également du Groenland et le rameur.

Ils n’en reviennent pas que Mathieu soit passé dans les deux coups de tabac qu’eux aussi ont subi dans la mer de Baffin et lui demande s’il a besoin d’assistance. Mathieu leur dit que tout est ok, mais ils lui apprennent qu’ils ne pourront venir vers lui comme il l’avait espéré, les conditions de mer rendant dangereux tout rapprochement. Mathieu est bien sur déçu et se prépare pour une nouvelle journée de solitude. Cinq minutes plus tard, nouvel appel du capitaine du Henry Larsen (nom de l’unité canadienne) qui annonce à Mathieu qu’il fait cap vers lui. Mathieu se met sous encre flottante, donne ses coordonnées et attend avec impatience l’arrivée du briseur de glaces… et de solitude. Quelques minutes après, sortant du brouillard, le vaisseau fantôme apparaît beaucoup plus imposant que ne l’imaginait Mathieu. Une échelle de corde est descendue, la barque amarrée et Mathieu monte à bord reçu par tout l’équipage présent sur le pont. Les quelques heures qu’il va passer sur le navire resteront comme une rencontre humaine rare et d’autant plus appréciée dans ce secteur tellement hostile.

à suivre…

Beaucoup de glaces

Mathieu a rencontré beaucoup de glaces hier et a dû véritablement slalomer entre elles. Il a tenté de s’approcher de la côte, où il voyait des ruisseaux se jetter dans la mer, pour vérifier s’il y avait bien une bande d’eau libre le long du rivage comme on lui avait dit.
Alors qu’il s’était amarré à un morceau de banquise pour sa pause déjeuner, un autre morceau est venu l’enfermer. Mathieu s’est donc retrouvé dans une « piscine » au milieu de la glace. Il se voyait déjà devoir tracter le bateau avec son palan (opération longue et fatigante) ; heureusement ,quelques temps après le bloc a continué son chemin… et libéré Mathieu, qui s’est empressé de s’éloigner de la terre.
Son rétroviseur lui est d’une grande utilité (voire même indispensable).
Pas le top au niveau batteries en ce moment : d’abord à cause de l’ensoleillement très faible, ensuite à cause d’un faux contact sur le cable allant à la troisième batterie. Mathieu a trouvé une solution de secours pour l’instant, avec un autre cable plus court, mais il a dû changer de place la batterie qui se retrouve dans une position instable.
Il est donc passé en mode « économie d’énergie », et a utilisé l’eau de son sac de survie pour éviter de mettre en route le dessal.
Moral au beau fixe en tout cas, au milieu de paysages splendides !

Germain Kerleveo, le 30 juillet 2010

TERRE !!!

Je viens d’avoir longuement Mathieu au téléphone. Il commence à réaliser ce qu’il vient d’accomplir et décompresse tout doucement. Il a vraiment « tiré sur la bête » et a manifestement besoin de recharger ses batteries ainsi que celles de son bateau affaiblies par une couverture nuageuse persistante ces derniers jours.  Il a insisté pour que je dise que sa réussite est vraiment due à l’équipe formidable qui l’entoure depuis le début (il était vraiment très ému). Christian, son routeur, à l’efficacité redoutable, Germain qui lui a été d’un soutient indispensable au départ, tout le reste de l’équipe évidemment, les concepteurs de son bateau « arme fatale » dans ces conditions extrêmes, mais aussi bien sûr, vous, tous les gens qui le soutiennent en lui témoignant votre amitié par vos messages.

Il m’a confié qu’il allait ouvrir une bouteille de vin offerte par les ornithologues américains juste avant son départ et la boire en pensant à nous.

Santé Mathieu !

Christian a eu de nombreux contacts avec Mathieu, voici le résumé des dernières heures

Jean-Jacques Ollier


«  Nous avons eu Mathieu assez régulièrement aujourd’hui. Il a parcouru environ 35 milles depuis ce matin. C’est sa meilleure journée depuis le départ. Il a terminé la traversée de la Mer de Baffin après 12 jours d’efforts dans des conditions difficiles. Une première mondiale à la rame. Il semblerait qu’il soit également le premier
« plaisancier » à entrer dans le Passage du nord Ouest cette année.

Pas mal de glaces sur les derniers milles. Il est arrivé au milieu des phoques et il a croisé son premier Ours Polaire, un male qui nageait à une cinquantaine de mètres du bateau. Il rame donc avec son fusil sur les épaules, mais le risque est infime dès qu’il s’éloigne un peu des plaques de banquises. Pas d’inquiétude donc de ce côté-là. Il n’y a par ailleurs plus de phoques. Il est donc sorti du terrain de chasse des ours.

La progression de Mathieu a ralentit ce soir à cause d’un bouchon de glaces d’une dizaines de milles qu’il passera ce soir ou demain. Ensuite, le passage est libre jusqu’à Resolute avec des conditions météo clémentes pour les prochains jours. Le Détroit de Peel (l’étape après Resolute) commence juste à dégeler.

Je tenais aussi à saluer la ténacité de Mathieu, sa capacité à bien gérer ses efforts et à ramer aux moments opportuns. Il a toujours pris les bonnes décisions et s’est comporté en grand marin. S’il avait un doute sur ce point, je n’en ai de mon côté aucun.

Une nouvelle aventure commence avec le passage du Nord Ouest. Les conditions sont souvent plus clémentes, mais il faudra aussi composer avec les glaces, le brouillard et le courant.

Côté santé, il a dit à Thomas qu’il n’avait jamais ouvert la pharmacie. Juste un peu mal au dos les jours où la mer était chaotique. Il dit par contre que c’est un plaisir de ramer au milieu des glaces sur une eau plate.

Christian Dumard, le 28 juillet 2010

La croisière ne s’amuse pas…

Pas trop de nouvelles de Mathieu ces derniers jours. Il est vraiment en configuration « course » , ne fait que ramer, dormir, manger et lire vos messages. Pas le temps donc pour faire du tourisme, pas de photos ni d’écriture. Sa préoccupation principale est la météo, bien hostile pour l’instant. Christian, son routeur, nous donne des infos à ce sujet expliquant le léger retard pris sur le planning du rameur. Bruno, photographe de l’expédition, a parlé avec Mathieu ce jour aussi. Quelques nouvelles supplémentaires et  photos superbes prises il y a une semaine, mais collant bien à l’actualité du jour.

JJO le 27 juillet 2010

« Mathieu a eu des vents contraires depuis 5 jours, ce qui l’a empêché de faire une route directe. Il s’est démené comme un diable pour ramer le plus longtemps possible chaque jour contre le vent. Il faut imaginer des vagues de 1 à 2 mètres suivant les jours qui viennent taper sur le bateau avec des embruns à 0°. Il a ramé 12 à 15 heures par jour dans ces conditions. Dès qu’il s’arrêtait, il mettait une ancre flottante pour ne pas dériver. Il a très bien géré ses efforts en se reposant aux périodes où le vent était le plus fort.

A signaler que Mathieu rame à mains nues depuis le départ.  Ca lui semble normal. Pour moi, c’est inimaginable.

mat41 La croisière ne samuse pas...

Cette première traversée de la Baie de Baffin à la rame est un très bel exploit sportif. Il est le premier à le faire depuis les Vikings (et encore, ils avaient des voiles en plus des rames et traversaient probablement plus Sud). En solitaire, personne ne l’a jamais fait.

Le vent a molli cette nuit. Il devrait maintenant avoir des conditions plus clémentes avec des vents faibles et une mer plus plate pour la dernière ligne droite vers le Détroit de Lancaster.

Il y a également pas mal de glaces dans cette zone. Essentiellement des gros icebergs qu’il voit de loin.

mat2 La croisière ne samuse pas...

Ca ne semble pas gêner sa progression. »

Christian Dumard le 27 juillet 2010

« J’ai eu Mathieu au téléphone aujourd’hui à 13h00, heure de Paris. Il m’a dit qu’il avait trouvé des glaces sur sa trajectoire, et que malheureusement il devait à nouveau faire du Nord. Rageant alors qu’il n’est qu’à 40 milles des côtes canadiennes…

mat1 La croisière ne samuse pas...

Une traversée qui continue donc à être particulièrement difficile. Cette première partie est déjà un exploit dans l’exploit j’ai l’impression ! Il m’a confié avoir hâte d’arriver au Canada et de pouvoir mettre pied à terre et recharger les batteries. »

Bruno Mazodier le 27 juillet 2010

Et dire que dans le langage populaire ramer…

les vents ont tourné

Les vents ont tourné ! Il était temps, car ils poussaient Mathieu vers les glaces dérivantes : il n’était plus qu’à moins de 10 milles de celles-ci hier soir !
Heureusement, le vent est passé Nord vers 23 h, comme prévu, et Mathieu s’est remis à ramer vers le Sud, après une longue période à attendre sous ancre flottante. En effet, la mer était mauvaise et le vent trop fort pour faire route.
Une bonne nouvelle n’arrivant jamais seule, le courant est dans son sens également. Cette situation devrait se maintenir pendant deux jours au moins.
 » Allez Mathieu, à toi de jouer !  »

Germain Kerleveo, le 23 juillet 2010

« Voici un mail de Mathieu « posté » hier, avant les bonnes nouvelles matinales de Germain. »
chers tous,
déjà 12 jours que je suis parti de Qaanaaq et 6 jours que j’ai quitté la côte Groenlandaise pour me lancer dans la traversée de la mer de Baffin ( 500 km )
SortieFjord 68 Ko les vents ont tourné
Puisque les conditions météo ne permettent pas de ramer, je suis installé « confortablement » dans ma cabine en attendant que le vent tourne au N pour reprendre mes avirons.
Soirée cool avec dodo à 10h après le repas (soupe épinard gorgonzola et crème dessert amaretto !) et la vaisselle. J’ai donc, comme un marin, effectué un grand nombre de siestes d’une ou deux heures environ, entrecoupées par les points météo, dérive, contrôle sur les positions des icebergs environnants… bref, pas vraiment la grande nuit de sommeil réparateur, mais je me lève plutôt reposé.
Avec le décalage horaire, 3 SMS de Christian vers 3h du mat pour me signaler la présence de glaces dérivantes dans mon secteur.
Pas vraiment rassurant mais, de toute façon, je ne peux contrôler la direction de mon bateau, poussé par des vents de SE à 40km et freiné par mon ancre flottante. On verra bien, une difficulté après l’autre
Réveillé par une pluie battante qui complique un peu l’organisation de la vie au sec dans mes 2m2. Il fait 2°C dehors et 9°C dedans. Malgré le temps gris qui ne permet pas la charge de mes batteries, je m’accorde 20′ de chauffage, histoire de déshumidifier un peu la cabine (généralement entre 80 et 90 % !)
Un bon petit déjeuner, et j’en profite pour rattraper le retard accumulé dans la tenue de mon journal de bord.
Voila ! Il pleut toujours fort et je guette la bascule du vent au N pour reprendre ma route… dans le bon sens.
Bons baisers de Baffin
Mathieu

 » Aux rames citoyen !!!  »
J-J Ollier, le 23 juillet 2010, un peu plus tard

l’été en pente douce

J’ai eu Mathieu au téléphone en fin d’après midi, il avait pris avec son équipe technique la sage décision de se mettre à l’ancre flottante et de ne pas se battre contre le « vent mauvais » du Sud établi pour l’instant sur la mer Baffin. Il se repose donc, « fait du jus » et récupère les nombreuses heures de sommeil en retard. Il en a profité aussi pour envoyer au Team un long mail. Je l’ai laissé brut, malgré sa demande, non par flemme caniculaire, mais parce que je pense qu’il est raccord avec ce qu’il vit vraiment. Pour un texte tapé avec des moufles dans une machine à laver, en carbone certes mais une machine à laver, le tout à 3°c avec un œil sur les glaçons dérivants, il s’en sort plutôt bien. Les deux petites photos envoyées un peu plus tard, ne figureront probablement pas dans un album d’Arthus Bertrand : la premiére laisse cependant apparaitre derrière son visage tiré, le bon moral de Mathieu ; la deuxième montrant bien l’ambiance pesante du lieu où il navigue actuellement et la montagne qu’il s’est mis en tête de gravir…
Jean-Jacques Ollier, le 22 juillet 2010

Chers tous,
Les vents orientés du Sud m’empêchent de descendre vers le Détroit de Lancaster.
Avec plus de 20 noeuds, impossible de se battre contrez le vent. J’ai donc installé l’ancre flottante pour freiner la dérive vers le Nord (en fait le bateau, qui est « ancré »dans l’eau, subit moins les effets du vent). Je recule donc un peu moins. D’apres Christian, je devrai rester ainsi encore 24h.
Je prends cette station forcée avec philosophie d’autant plus que cela me permet d’emmagasiner du repos et de mieux manger en attendant que les vents tournent au Nord et me poussent vers le Sud.
Là, il faudra vraiment en profiter.
Faut dire que j’ai vraiment beaucoup ramer ces derniers jours, entre 15 et 18 h/ jour, avec des températures voisinnes de 0°C et beaucoup de vent. Cela m’a pompé pas mal d’énergie.
Envoi 1 67 Ko lété en pente douce
Depuis 8 h que l’ancre est installée, j’ai dû en dormir 6. Et ça va continuer…
Depuis ce matin, le soleil qui avait disparu depuis 48 h est réapparu, après une pluie battante pour ma 1ere session de rame la nuit dernière.
Il doit faire 3 ou 4°C dehors et 13 °C dans le bateau avec le soleil qui chauffe par les hublots. Je trouve que 13°C, c’est ok et je pense m’être habitué au froid, à vivre toujours dehors.
Les combinaisons de kayak US sont vraiment super et ne laissent rien passer !
Cette traversée doit normalement constituer la plus grosse difficulté de mon périple. Normalement (statistiquemt parlant, les vents sont N et faibles en été !).
Je n’ai pas vraiment choisi celle-ci, mais aucune autre solution pour me rendre à l’entrée du Passage du Nord Ouest.
C’est vraiment l’aventure, et il n’était pas facile de prévoir ce genre de chose.
Je me dis parfois que le morceau est peut-être un peu trop gros ? Et qu’il faudra revoir le projet à Resolute après les 500 premiers km de navigation côtière.
Malgré les difficultés liées à l’environnement hostile, mais surtout malgré les déconvenues liées aux vents forts contraires, je garde un bon état d’esprit et ne cède pas à la déprime (et pourtant j’ai déjà 8 jours de retard sur mon plan).
Je prends les journées les unes apres les autres et j’essaies d’en profiter.
Je prends vraiment plaisir à naviguer sur mon bateau que je maîtrise de mieux en mieux. Il est vraiment bien stable sur l’eau et permet une bonne efficacité dans la pratique de l’aviron. J’ai quand même réussi à faire des moyennes voisinnes de 1,8 noeud.
Les 4 premiers jours avec toujours du vent contre et assez fort.
Envoi2 8 1 Ko2 lété en pente douce
[pas étonnant que Mathieu ait du mal à avancer...]
Je vais essayer de vous envoyer une photo ? Il faudfrait d’abord que j’en fasse…
Bises à tous
Entre le roulis, les doigts gourds, la buée sur les lunettes…
(même pas versé encore la moindre larme ni lancé un SOS à mon ami Jean-Jacques)

Voila donc les dernières nouvelles de notre rameur ; il m’a demandé aussi s’il vous était possible de ne pas signer uniquement vos messages d’encouragement par votre prénom, car il existe des prononymes (pas bien sûr de cette affaire-là…) et d’ajouter donc votre nom pour pouvoir éventuellement vous contacter (mail ou téléphone) quand les conditions seront meilleures, bien sûr. Il vous remercie aussi de votre présence de plus en plus fidéle sur le site. A vos moufles donc !

20 juillet : moral au beau fixe !

Mathieu a quitté sa baie idyllique depuis maintenant 4 jours. Les trois premiers ont été intenses, et Mathieu était très concentré. Il a même ramé plus de 19 heures dans une journée, et a parcouru plus de trente milles. Il a bien progressé, et dans la bonne direction !
Cela reste tout de même des conditions extrêmes : le froid (surtout les pieds), les paquets de mer à zéro degré, les icebergs à contourner (un par heure environ)…
Hier, la mer formée (1,5 m de creux) rendait la rame inefficace, aussi Mathieu s’est reposé une douzaine d’heures en mettant son ancre flottante.
Sa position est réactualisée heure par heure. C’est pourquoi son tracé nous montre clairement ses périodes de rame, avec une progression rectiligne, et ses périodes de repos où son sillage est parfois plus distordu !
Il est en contact quotidien par téléphone satellite avec Christian, son routeur. Celui-ci n’hésite pas à se lever durant la nuit pour veiller sur la progression de Mathieu !
Du vent d’Ouest est prévu pour aujourd’hui. Mathieu va donc essayer de descendre un peu plus vers le Sud.
Moral au beau fixe, et peut-être un peu trop optimiste, Mathieu prévoit d’embouquer le Détroit de Lancaster d’ici à dimanche ou lundi. Les paris sont ouverts !
Germain Kerleveo, le 20 juillet 2010

La mer de Baffin

Mathieu a  » desserré le frein à main  » (à mer ?) et le voilà parti, après un prologue bien trop long pour lui, pour la première étape de son aventure. Comme vous avez pu le voir sur son traqueur maintenant actif et réactualisé chaque heure, sa progression est évidente. Au téléphone, hier soir, il avait un moral excellent, sûr de l’efficacité de son bateau, de son équipe à terre : routeur, coachs et supporters bien entendu, la météo favorable pour les quatre ou cinq prochains jours ajoutant à son optimisme. Les températures sont fraiches cependant (3°C dans l’air) et il porte de nombreuses couches de vêtements (parfaitement adaptés) ainsi que trois paires de chaussettes.
Il se force à prendre quelques heures de repos, mais ses journées passent en grande partie aux avirons. Il lui tarde d’en terminer avec la traversée de la mer de Baffin pour pouvoir entrer dans le détroit de Lancaster, nous sommes impatients aussi de le voir « en face ».
Christian, son routeur, nous a envoyé ce matin une superbe image satellite avec les commentaires « qui vont bien ».

« Voici une très belle image Sat de ce matin. Le ciel est dégagé sur une large zone, ce qui est rare. J’ai mis quelques repères et j’espère que vous vous y retrouverez.
En jaune, la route que Mathieu doit faire. Les zones très blanches sont des plaques de glace. Les zones un peu « voilées » à l’entrée du détroit de Lancaster sont probablement des nuages. On voit que l’ile Coburg est quasiment dégagée, mais pas très accessible. L’entrée du Détroit de Lancaster et toute sa partie Nord sont dégagées à 90%. On voit également que Mathieu navigue encore à proximité des glaces. Enfin, vu sa vitesse ce matin, on peut penser qu’il commence à toucher un peu de courant favorable du Nord. Ca reste à confirmer.
 »

2010 07 18 Position Mathieu4 500x196 La mer de Baffin

« Jusqu’ici tout va bien » et il prend même le temps de lire tous les messages que vous lui transmettez à bord à la fin de ses heures de quart avant de prendre quelques parcimonieuses heures de repos.

Hello Mister Robinson

Voici des nouvelles de Mathieu durant ces trois derniers jours. Le moral est bon malgré le retard dû à la météo et le départ imminent.
Mercredi 14 juillet

 » Comme vous l’avez vu dans les nouvelles précédentes, mon départ est plutôt lent : je suis bloqué à 60 km au sud de Qaanaaq, au fond d’un fjord situé au sud du cap Parry sur la côte Groenlandaise et pour environ une semaine. Je dois rester à l’abri le temps que passent les dépressions. Si tout va bien, un anticyclone sera de retour samedi et je devrais pouvoir quitter mon mouillage.
Le temps n’est pas vraiment terrible depuis mon départ (samedi 10/7). Alors que les préparatifs s’étaient bien passés sous le soleil, avec des moments en tee-shirt. Le temps a tourné : il pleut depuis 2 jours, des vents très forts (j’ai eu jusqu’à 47 nœuds de vent, soit 90 km/h), il fait 4° le matin et 7 l’après midi. Mais surtout, les vents sont de secteur Sud et donc impossible de ramer contre. De plus, il semblerait que l’entrée du Détroit de Lancaster soit encore trop prise dans les glaces… Bref, j’apprends la patience, bien installé dans mes 2m2 cuisine, salle à manger, chambre…
Pour ceux qui ne le savent pas, je ne suis pas encore dans le Passage du Nord Ouest (qui commence au détroit de Lancaster), mais juste sur le trajet pour me rendre à la ligne de départ. Impossible de trouver le moindre moyen pour me faire remorquer jusque-là. Cette traversée de la mer de Baffin devrait être la plus grosse difficulté de mon voyage (enfin, c’est ce que je crois aujourd’hui !)
Heureusement, mon bateau est vraiment confortable et j’ai un super lit. Je suis mouillé au milieu d’une anse, avec 3 cabanes sur la rive. De nombreuses expéditions polaires ont hiverné à cet endroit. En allant à terre, j’ai trouvé les vestiges de celles-ci : fusils, mats de bateaux, etc. Le sol est jonché de cranes et squelettes de morses. Bref, entre les montagnes noires qui surplombent l’endroit, la glace qui reste encore accrochée sur les berges et la température extérieure, ce n’est pas l’endroit idéal pour passer son 14 juillet.
Je comptais d’ailleurs aller à terre pour faire flotter le pavillon national et prendre quelques photos, mais la pluie et le vent me rendent plutôt casanier ; on verra demain. Je n’oublierais pas mon fusil, car la région est visitée par les ours polaires.
Comme vous le voyez, ce que je vous décris ne ressemble pas bien aux belles photos du départ.
® photo Bruno MAZODIER 87642 Hello Mister Robinson
J’ai vraiment bien progressé dans la maîtrise de mes peurs (et je vous jure qu’il y en a beaucoup) et dans l’appréhension de la solitude dans cet endroit si hostile.
J’ai une grande confiance dans mon superbe bateau qui tient vraiment bien la mer (j’ai réussi à ramer un mile avec 29 nœuds contre !) et surtout la fantastique équipe qui va m’aider à réussir.
Tico sera d’une très grande aide et j’ai hâte qu’il me rejoigne à Resolute.
Voila, les premières nouvelles d’un homme du Nord qui a beaucoup de temps pour penser à vous.

20h20 je suis au… sec.
Apres ma séance de relaxation d’hier soir, un gros dodo de …14h ! Faut dire que je venais de passer 2 nuits sans dormir (la première à ramer pour tenter une sortie, la deuxième à surveiller mes appareils pendant le coup de vent).
Apres avoir passé la matinée au tel avec Philippe pour mes problèmes de connection, je regardais tomber la pluie. Me demandant comment j’allais passer les 3 prochains jours.
Une petite éclaircie,
® photo Bruno MAZODIER 0562 Hello Mister Robinson
le vent pas trop fort, je remonte l’ancre et pars ramer, histoire de voir plus loin. Je scrute les berges, en quête d’un endroit pour accoster. Entre les dédalles de rochers, je découvre une petite plage, presque idéale pour tirer mon bateau au sec.
Branle-bas de combat, car la mer (haute) ne va pas m’attendre. Je repars à la rame vers le milieu de la baie, histoire de bien me dégager pour fixer mes roues. Aussi dit et bien fait, j’accoste et prépare la manœuvre : bout, boudins gonflables, palan, bateau trop lourd à vider complètement. Je gagne durement chaque mètre, car ma plage Groenlandaise remonte raide, mais le sol en cailloux acérés est bien dur. Je ramasse 1m3 de goémons et d’algues diverses pour faire glisser.
Apres 2h, ma nouvelle cabane est installée, juste au-dessus de la plage.

® photo Bruno MAZODIER 0561 Hello Mister Robinson
Demain je partirai à la découverte de l’endroit (plein de glaciers), ma carabine dans le dos (d’après le chasseur qui accompagnait Germain et Bruno, il y aurait des ours dans le coin ?) et un iridium avec moi. Je chercherai des torrents pour faire le plein d’eau.
Comme toujours, j’ai préféré agir que subir, et là, c’est vraiment du bonheur.
Je suis certain d’avoir fait le bon choix. Je débouche la bonne bouteille (Papa : pour la seconde étape, prévois plutôt un Brouilly ou autre vin à boire frais, car un si bon Bourgogne par 2,7 ° extérieur et 7,6°C dans mon havre… c’est dommage pour un si bon Bourgogne), un bon repas et je vais bientôt m’endormir… tranquille, aux côté de ma Winchester/Magnum avec 2 balles dans le chargeur ! ¨
Pas très rassurant tout ca.
En tous cas, c’est vraiment l’aventure ici, et je vais bien !

Jeudi 15 juillet

« 13h30 local, temps gris, pas très froid (5°), 1007 Hpa, ciel voilé, pas de pluie, vent S modéré (7 à 12 n), il semblerait que le prochain front soit plutôt pour la nuit prochaine.
J’ai rencontré 4 biologistes US qui viennent de Thulé Air Base et qui étudient les sternes arctiques. Leurs tentes sont à 2 km de mon bateau. Je dois les voir ce soir et ils me donneront les coordonnées de la station météo de leur base ; je les appellerai demain (ils sont fermés le WE).
Je vais prendre aussi leurs coordonnées en cas de sauvetage. En cas de problème, je ne vois pas bien d’où pourraient venir les Canadiens ?
Si je pars samedi (haute mer à 5h locale), il faudrait compter 24 h pour rejoindre les iles Carey.
Ensuite, j’aimerais bien foncer par le chemin le plus court vers le Canada, mais cela dépendra de l’état des glaces. Pour l’ile Coburg, j’ai 100 MN, CAP 240° et pour le cap Sherard, j’ai 150 MN, Cap 220°
Donc on peut espérer 4 jours pour Carey-Coburg et 6 jours pour Carey_Sherard, à vérifier une fois arrivé à Carey et selon la direction des vents.
J’ai hâte de partir, car je bouffe pas mal d’influx à attendre ici, et j’ai vraiment hâte d’être au Canada.
A bientôt
Robinson du Groenland »

DERNIERE MINUTE vendredi 16 juillet 17h 30

 » Surréaliste le dîner avec les Américains, debout sous une pluie battante, à manger froid dans des assiettes en carton ! J’avais apporté ma bouteille de Bourgogne et la fiole de Whisky laissée par Germain et Bruno. Ce n’est pas marrant de boire un Whisky tout seul. Depuis 7 ans qu’ils viennent ici chaque été, ils n’ont jamais vu un été aussi pourri et froid. L’an passé, ils étaient en tee-shirt
Ils mettent des balises de géo-localisation sur des sternes arctiques pour suivre leurs migrations ; les sternes qui couvent les œufs actuellement partiront dans 1,5 mois avec leur progéniture en direction de… l’Antarctique ! Les sternes détiennent le record des plus grandes migrations.
L’équipe reviendra dans un an récupérer les puces. Vu la température, le dîner a tourné court (ils n’ont pas de tentes mess), et à 21h, j’étais au chaud dans mon duvet. Ils m’ont offert du vin australien et une énorme tablette de chocolat.
La météo ce matin: 1010 Hpa, 0,7°C à 8h, pluie bretonne fine, vents S, 7 à 10 mollissant, ciel bouché (bleu pas très loin).
® photo Bruno MAZODIER 05661 Hello Mister Robinson

Je suis retourné voir mes voisins pour prendre le café (vu le temps, ils ne travaillent pas aujourd’hui) et nous avons appelé la météo : le temps devrait s’améliorer à partir de ce soir avec une bonne fenêtre jusqu’à lundi soir, mardi matin.
Aucune info concernant les glaces à Carey, car pas de photos satellite depuis une semaine à cause de nuages.
Les vents devraient être mous (<10n) d’abord SW (dans le nez) puis passer NW.
Etat de la mer : sans doute pas facile vu le vent depuis 1 semaine ?
A mon sens, et vu la fenêtre météo courte ( 3 j ou 3,5 j max) , je n’ai pas intérêt à penser à un mouillage ou mise à terre : entre le temps pour trouver l’endroit, les préparatifs, mettre le bateau au sec… c’est beaucoup d’énergie.
J’ai refait des hypothèses de route ce matin, et regardé les positions sur logiciel carto : Sortie Fjord Booth Sund- Sud Ile Coburg : 128 MN , CAP 240 et Sortie Booth S – Cap Cockburn (ile Philpotts): 171 MN CAP 223 .
Je pense que je dois peut être ramer plus S, car le vent risque de me remonter au N pendant période de repos.
On verra sur l’eau avec les directions du vent et le cap de dérive.
Je me prépare à 3 jours sans dormir et sans repos, pour être en sécurité avant le retour du mauvais temps (annoncé mardi matin ?).
Voila ! Je suis prêt à partir de 18h et j’attends les instructions de Christian avant de me lancer.
Bises glacées « 

On the Rocks !

Mathieu on the rock(s)

Bruno nous donne des nouvelles de Mathieu, agrementées de photos qui font (presque) envie d’être en leur compagnie.

 » Nous sommes partis de Qaanaaq samedi matin, Mathieu à la rame, Germain et moi sur le petit bateau à moteur de Finn, un chasseur danois qui habite Qaanaaq, accompagnés de Glenn, un Suédois qui prépare un trip en kayak dans la région.
Mathieu a glissé son bateau parmi les iceberg,
® photo Bruno MAZODIER 9306 On the Rocks !

® photo Bruno MAZODIER 9806 On the Rocks !

et le soleil est sorti juste au bon moment pour éclairer la scène. Mathieu a ramé pendant 8 heures, puis nous l’avons tracté car le seul mouillage possible sur cette côte aux falaises abruptes était encore très loin : 5 heures de navigation au moteur supplémentaires…

® photo Bruno MAZODIER 0463 On the Rocks !
Nous avons mouillé à Booth Sund, une jolie baie à l’abri de la houle. Quatre familles Inuit ont vécu ici, isolées du monde, pendant des années. Leurs cabanes en ruine sont toujours là, et le sol autour est jonché d’objets leur ayant appartenu : théière, couverts, vieux fusil, caisses, fauteuil…

® photo Bruno MAZODIER 0367 On the Rocks !
Mathieu, fatigué de cette longue première journée de navigation, s’est vite endormi sur son bateau. Germain et moi avons monté la tente, fait un feu pour sécher nos vêtements trempés par les vagues lors de la navigation, cassé la croûte puis nous nous sommes couchés vers 3h00 du matin. Le jour permanent est assez perturbant pour le rythme du sommeil.
Au petit matin, Mathieu a eu la désagréable surprise de se réveiller sur son bateau perché sur un rocher.
® photo Bruno MAZODIER 00323 On the Rocks !

La veille au soir, à marée haute, rien ne pouvait laisser deviner qu’il mouillait pile au-dessus du seul rocher des environs… Heureusement, pas de casse.
Autre surprise, bonne celle là : deux petits bateaux sont arrivés dans la nuit, et l’un des Inuits qui vient à notre rencontre est le petit fils de Matthew Henson,
® photo Bruno MAZODIER 0153 On the Rocks !
le premier homme à avoir atteint le pôle Nord, en 1909, en compagnie de Robert Peary. De Matthew à Mathieu, il n’y a que quelques lettres et quelques générations de différence… Ajjako, le petit fils, qui doit bien avoir 75 ans, a été l’un des habitants de ce village abandonné. Il apprend à Mathieu à confectionner des ancres supplémentaires pour son bateau, en limant de grosses pierres pour y attacher un bout.
Nous passons la journée à bricoler sur le bateau, à nous balader, et à scruter les vagues aux jumelles pour envisager un départ. Ce n’est qu’à 23h00 que les vagues tombent. Finn décide que nous devons partir. Mathieu, lui, doit rester, car les prévisions météo ne lui sont pas favorables. Fort vent à contre jusqu’à mercredi… Et même si le vent tombe ce jour-là, les prévisions disent qu’il remontera jeudi. La fenêtre de tir pour aller aux îles Carrey, étape pour la traversée de la baie de Baffin, risque d’être trop courte. Mathieu devra donc prendre son mal en patience…
Le moment de nous séparer arrive. Emotion, embrassades…
® photo Bruno MAZODIER 0427 On the Rocks !

Et Mathieu agitant les bras pour nous dire au revoir alors que notre embarcation s’éloigne. Et son bateau qui n’est bientôt plus qu’un petit point orange au loin… L’ aventure en solitaire débute vraiment maintenant !  »

® photo Bruno MAZODIER 0316 On the Rocks !

Booth Sound : grandiose mais surprenant

Nous voilà de retour à Qaanaaq après avoir escorté (et remorqué) Mathieu jusqu’à une baie abritée à l’ouest du Groenland: Booth Sound.
Beaucoup d’émotions, vous vous en doutez, quand il a fallu partir et  » l’abandonner  » là ! Le cadre est certes grandiose, heureusement car il est là-bas jusqu’à mercredi à cause de la météo ! D’autres avant lui ont dû s’y abriter, car il reste encore 3-4 cabanes en bois avec les restes d’expéditions : fusils, mats pour un drapeau, bidons… tout cela au milieu d’os de phoque et de morses.
Hier, Mathieu a tenté une sortie, mais il a dû rebrousser chemin car le vent commençait à se lever.
Samedi, il était content de lui et de son bateau, car il avait ramé 8 heures environ sans problème. Nous l’avons ensuite pris en remorque pendant 3 ou 4 heures pour rejoindre la baie.
Je l’ai eu au téléphone tout à l’heure : son ancre avait chassé et son bateau était sur le rivage ! Pas de dégats, mais il a dû le pousser pour le dégager et ramer contre 30 noeuds de vent pour remouiller au milieu de la baie ! Cette fois avec toute la longueur de son bout plombé et sa chaîne. Il a rappelé pour dire que tout était OK.
Prochaine étape : les Iles Carrey, distantes de 47 km.
Germain Kerleveo, le 13 juillet 2010

« Good Morning Groenland »

« Good Morning Groenland »

J-1 ou N-1 c’est comme vous voulez puisque là-bas, il ne fait jamais nuit chez les Inuits (pas sûr du tout
de l’étymologie…).

Mathieu est « dans son truc » et languit de larguer les amarres pour relever son nouveau défi.

® photo Bruno MAZODIER 88621 Good Morning Groenland

® photo Bruno MAZODIER 91711 Good Morning Groenland

Jonas a été libéré de la grosse baleine (en arrière plan) qui une fois par an ravitaille Qaanaaq.
Mathieu est soulagé que tout soit en parfait état après une longue traversée depuis le Danemark.

« Mon bateau est fin prêt et je suis vraiment content de commencer. Je pars donc demain en direction du Cap Parry (2 jours) vers le Sud. Un chasseur me suivra pendant les deux premiers jours avec Germain et Bruno. Ils bivouaqueront près de moi. Je risque sans doute d’attendre quelques jours que le gros des glaces parte au Sud.
J’ai Christian chaque jour au téléphone, il suit l’évolution de la débâcle. J’ai hâte de ramer pour évacuer tout mon stress et vérifier que tout fonctionne bien à bord. »

« Cette lumière 24h/24, c’est vraiment spécial. »

® photo Bruno MAZODIER 84668 Good Morning Groenland

Effectivement  il ne doit pas dormir beaucoup…

« Je quitte cet endroit avec un peu de regrets, car je sens bien que mes préoccupations du départ m’ont empêchées de bien voir et comprendre la philosophie des Inuits.

Je pense qu’il est important de voir une fois dans sa vie le charme majestueux des icebergs sous cette lumière si particulière des zones arctiques.

Un iceberg, c’est un peu comme un éléphant, une baleine ou un ours : quand on en voit un, on n’est plus le même…
Je pense que cela nous rapproche de la Nature forte de notre imaginaire, et un vide se comble ».

Les mots de Mathieu et les photos faites par Germain et Bruno laissent transparaitre un calme, une étrange beauté et une sérénité des lieux.

Comme partout, les enfants sont curieux ; le bateau de Mathieu est à des siècles de technologie des kayaks qu’utilisent encore leurs pères pour aller chasser le narval.

® photo Bruno MAZODIER 89421 Good Morning Groenland

De nombreuses choses ont de quoi attiser leur curiosité. Et il faudra mettre tout ça dans la « barque ».

® photo Bruno MAZODIER 90231 Good Morning Groenland

Le moral de Mathieu est donc au beau fixe, la météo semble favorable. Demain, c’est le grand départ pour deux mois et demi à travers le PNO (passage du Nord Ouest). La solitude sera encore plus présente que l’année dernière pour son précédent challenge en Atlantique Sud où son moral, sa condition physique, sa volonté de réussir mais aussi votre présence quotidienne à ses côtés par l’intermédiaire de centaines de bouteilles lancées à la mer jusqu’à son bateau par la « magie » du net, lui ont permis de réussir son premier pari. Je suis sûr qu’il en sera ainsi cette année aussi. La TEAM (Tous Ensemble Avec Mathieu pour ceux qui auraient loupé l’épisode précédent) est de retour… à très vite au milieu des glaçons, des morses et des ours.

Photos : Bruno Mazodier

9 juillet : le premier message de Mathieu

Jeudi 9 juillet, premier message de Mathieu : « Bien arrivé ce midi à Qaanaaq/Thulé. Soleil magnifique, baie dégagée avec de très nombreux icebergs. Ils sont énormes et  montent vers le Nord. Le cap Parry est dans la brume et il y aurait beaucoup de vents et de vagues.

Après discussion avec des chasseurs avertis, ces derniers me conseillent de remonter en longeant la cote jusqu’au cap Chalon ( 77/56N -72/12 W) pour traverser vers le Canada à un endroit plus resserré (46 MN). Personne ne veut m’accompagner dans la mer ouverte ! Près des côtes canadiennes, le courant porte au Sud, avec les icebergs qui descendent du Nord ; cela rallongerait la route de 65 MN. »

Jour j – 9 !

Mathieu Bonnier est quasiment sur le départ. Lundi 5 juillet, il regagnera Tume en compagnie de Germain, un de ses routeurs, et Bruno, le photographe.  » Nous avons encore deux jours de rangement et de dernière préparation du bateau « , explique Mathieu. Son embarcation est déjà sur place avec tout le nécessaire : vêtements, alimentation, etc.  » J’ai encore 10 000 choses à penser. Nous travaillons encore sur la route et la navigation « , poursuit Mathieu qui a pu tout de même s’accorder une petite semaine de vacances avant le grand départ.  » Mais le gros de la préparation est terminé.  » Matthieu compte bien partir le 10 juillet au plus tard.  » Je ne peux peux pas partir avec des vents contraires. Il y a une mer à traverser du Nord du Groenland au Canada « , explique-t-il.  » Le routeur donnera le Top départ.  » A l’issue de la première étape, fin juillet voire tout début août, ce sera au tour de son chien Tico de le rejoindre. Germain l’accompagnera jusqu’à Resolute pour qu’il retrouve son maître.

7 juin 2010

carteglaces 7juin20101 200x200 7 juin 2010

Bonjour,
Voici un aperçu des glaces le 7 juin. A noter que Resolute est libre de glaces. Sinon, ça semble dégeler assez vite dans la Baie de Melleville et vers le Cap York. Je pense que début juillet les glaces ne devraient pas être un obstacle majeur.
Bonne soirée. Christian Dumard

25 mai 2010

D’Amundsen en 1903 à Philippe Poupon, l’an passé, les seules traversées de ce passage mythique – celui du Nord-Ouest, entre le Groënland et Nomé, sur la côte ouest l’Alaska – pris par les glaces presque toute l’année, l’ont été sur des voiliers.
Mathieu Bonnier part donc sur les traces de ces aventuriers, mais à la rame cette fois. Son bateau est un concentré de technologie, son projet une aventure passionnante d’un homme et de son chien.
Né en 1957, Mathieu Bonnier s’est installé dans l’agglomération grenobloise à l’âge de 28 ans. Aujourd’hui, passionné de montagne, d’endurance et de compétition, il vit au Pinet d’Uriage, en Belledone, avec Anne, sa femme. Vous pourrez, grâce à ce journal de bord, suivre son fabuleux voyage. Celui d’un homme ayant pour seul complice Tico, son alaskan husky.